29 mai 2016

L’Erythrée fête en solitaire un quart de siècle d’indépendance

Catégorie Non classé

Asmara,
Alors que l’Erythrée est connue pour envoyer chaque année des milliers de jeunes gens tenter leur chance sur les dangereuses routes de l’exil, cette fois, c’est en direction d’Asmara que les vols supplémentaires ont du être prévus en raison de l’affluence ! Venus des Etats Unis, du Canada, de tous les pays d’Europe et surtout d’Italie et des pays scandinaves des milliers d’Erythréens de la diaspora avaient tenu à rentrer au pays pour fêter le 25eme anniversaire de l’indépendance du plus jeune des Etats d’Afrique. Hier réfugiés, très critiques à l’égard d’un régime qui impose un « service national » illimité après 18 mois de service militaire effectif, de nombreux jeunes, désormais bi-nationaux, avaient refait le voyage dans l’autre sens et ils défilèrent avec enthousiasme sous deux drapeaux, celui de leur pays d’origine et celui de leur pays d’accueil !
Ce quart de siècle d’indépendance fut l’occasion d’une fête sobre, joyeuse, où l’Erythrée indépendante montra cde qu’elle avait de mieux : des musiciens et des danseurs originaires de toutes les régions du pays, un visage multiculturel où les chrétiens des Hauts plateaux côtoient sans heurts des musulmans des plaines soudanaises, où les diverses langues nationales enseignées dans les écoles se superposent sans rivalité. Mais surtout, avant le défilé des jeunes et avant une impressionnante chorégraphie rappelant des manifestations similaires en Chine ou en Corée, l’Erythrée avait tenu à rappeler l’ essentiel : ce petit pays de 6 millions d’habitants est toujours une nation sur pied de guerre. Ici personne n’a oublié que c’est par les armes, après trente années de lutte, que fut l’indépendance fut conquise au prix le plus fort, des dizaines de milliers de morts, l’exode de 900.000 citoyens, le départ des derniers colons italiens……
Au lieu de présenter les acquis du régime, cependant bien réels, en matière d’éducation et de santé entre autres, le président IssaIas Afeworki, maître absolu du pays depuis l’indépendance, préféra donner un cours d’histoire aux jeunes générations. Il rappela la colonisation italienne, l’annexion par l’Ethiopie, les cinquante années de luttes armées pour arriver enfin à une indépendance qui ne fut jamais réellement acceptée par l’Ethiopie.
Le visage sévère derrière ses lunettes fumées, la silhouette toujours bien droite, Issaias Afexworki est demeuré un chef de guerre, une sorte de timonier des déserts et des hauts plateaux. Une fois encore, il a tenté de mobiliser son peuple en désignant des ennemis qui semblent bien être éternels, le voisin éthiopien qui n’aurait jamais renoncé à conquérir son accès à la mer via les ports érythréens d’Assab ou de Masswa, et, derrière Addis Abeba, le véritable adversaire, c’est-à-dire les Etats Unis, bien résolus, aujourd’hui comme hier, à vouloir briser la résistance d’un pays décidé à refuser un certain ordre du monde. Après avoir rappelé les batailles, les arbitrages internationaux au sujet d’une frontière contestée, le président dénonça les dernières offensives, menées sur d’autres plans : la désinformation et la politique d’asile. Il assura que c’est avec la bénédiction du président américain que les Erythréens se voient presque automatiquement accorder le statut de réfugiés lorsqu’ils se présentent dans les pays d’accueil. Cette ouverture, s’ajoutant à la désinformation et à la « démonisation » de l’Erythrée dans la presse internationale aurait, selon lui, permis le développement du « trafic humain »et la multiplication des passeurs..
Cette mentalité d’assiégé s’est marquée par la faible représentation diplomatique aux cérémonies de commémoration de l’indépendance, seulement marquées par la présence d’une importante délégation soudanaise. Cependant, l’Erythrée ne manque pas de perspectives d’avenir et pourrait bien voir les « amis » se bousculer aux frontières dans les temps à venir : outre la découverte d’importants gisements miniers, du pétrole pourrait bientôt être exploité sur les rives de la mer Rouge. Dominant les cérémonies, une immense affiche montrait d’ailleurs les deux axes du futur développement du pays : des champs cultivés et une plate forme pétrolière off shore…
En attendant que ce pays cultivant toujours un isolement altier reprenne sa place sur l’échiquier international, c’est dans un « entre soi « joyeux et bon enfant que les habitants d’Asmara ont fait la fête aux côtés de avec leurs parents de la diaspora rentrés chargés de malles et de cadeaux : durant ces journées d’exception, des podiums installés dans les principales artères ont accueilli des dizaines de chanteurs et de musiciens, les enfants endimanchés ont veillé jusque tard dans la nuit et, attablé dans un petit bar derrière sa bière, Hailé, un « ancien combattant » nous a montré les cicatrices ramenées de Keren et de Massawa dans les années 80, en affirmant que ce combat là, auquel il sacrifia sa jeunesse, en valait la peine et qu’il ne regrettait rien…