27 avril 2021

Une majorité en béton pour le Premier Ministre congolais

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Du jamais vu : le programme de gouvernement est voté par 410 voix contre 412. Cette fois, le président congolais, Fatshi Béton pour ses partisans, dispose de la majorité dont il rêvait, en béton elle aussi : deux semaines après l’annonce de la composition du gouvernement, l’Assemblée nationale a accordé sa confiance au nouvel exécutif, par un vote massif, 410 voix sur 412, du jamais vu jusqu’à présent. Massée dans le grand hall de l’Assemblée nationale où voici quelques mois encore des factions politiques divergentes échangeaient des horions, une foule enthousiaste a applaudi à tout rompre. Pour le politologue Wamu Oyatambwe, « il faut se féliciter de cette cohérence retrouvée, il ne devrait plus y avoir de conflit permanent puisque c’est le même groupe qui sera aux manettes, le Premier Ministre aura les mains libres ».
Avant ce vote de confiance acquis haut la main, le premier ministre Sama Lukonde Kyenge avait prononcé son premier discours de politique générale, précisant les grands axes de sa politique. Sans surprise, il a évoqué la modernisation des infrastructures, une réforme de la fiscalité et du système de retraites. Mais surtout, il a abordé le principal des défis de l’heure, celui de la sécurité. A l’est du pays en effet la situation ne cesse de se dégrader : les violences font des milliers de victimes à Beni et ailleurs dans le Nord Kivu, des manifestations se multiplient réclamant le départ d’une Monusco accusée de complicités avec les groupes rebelles, la méfiance à l’égard du pouvoir est totale même si la population manifeste pour que…le président vienne s’installer personnellement dans l’Ituri ! Tenant compte de ces critiques, le premier ministre a promis une évaluation de l’action de la Monusco, qui devrait être bientôt renforcée par des militaires kényans dont Félix Tshisekedi a obtenu la venue. Mais surtout, Sam Lukonde a évoqué la possibilité d’évoquer un « état d urgence sécuritaire » et même la mise en place d’une « administration militaire ». Il a aussi décidé de proscrire strictement l’incorporation de forces rebelles au sein de l’armée et de la police. Cette disposition, qui découlait des accords de paix de Sun City en 2002, avait eu pour principal résultat d’entraîner une prolifération de groupes armés (120 dans les deux Kivu..) visant tous un même objectif, intégrer l’armée régulière, sans pour autant renoncer à leur comportement violent et prédateur. Le Premier Ministre entend aussi entamer le recensement de la population et l’identification de tous les Congolais. En dépit de l’optimisme de rigueur, Wamu Oyatambwe décèle cependant deux écueils de taille. Le premier est politique : peut on compter sur la fidélité des élus issus de la majorité initiale, le Front commun pour le Congo, qui ont fait massivement défection, ne laissant plus qu’une centaine d’élus autour de l’ancien chef, solidement déplumé, mais pas impuissant pour autant ? La proclamation du gouvernement avait déjà été retardée à cause du mécontentement des transfuges qui ne s’estimaient pas suffisamment « servis » dans la nouvelle équipe et chacun se remémore le vieil adage « qui a trahi trahira »…
Le deuxième écueil est évidemment financier car les ambitions du jeune Premier Ministre risquent d’être brimées par la faiblesse de ses moyens : le budget de l’exercice en cours est estimé à 7,1 milliards de dollars et le seul programme de sécurité devrait coûter chaque année 12 millliards de dollars…Or à l’heure actuelle c’est miracle si Kinshasa réussit à rassembler 5 milliards de dollars, une somme dérisoire dont les trois quart sont absorbés par le paiement des fonctionnaires et le fonctionnement de l’Etat. Il faudra donc réduire les dépenses, mobiliser des recettes supplémentaires (d’origine katangaise, , M. Sama Lukonde s‘adressera sans doute aux compagnies minières et aux bailleurs internationaux) et surtout il faudra lutter contre la corruption en s’appuyant sur une justice qui n’a pas oublié la disparition soudaine du juge Yanyi, un magistrat intègre qui avait voulu tirer au clair l’ « affaire Kamerhe » et la disparition de 50 millions de dollars et qui mourut, vraisemblablement empoisonné, dès l’ouverture du procès…