7 avril 2021

Kinshasa au temps de la pandémie: malheur aux pauvres

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Kinshasa au temps de la pandémie : elle tue les riches et appauvrit les pauvres plus encore
Envoyée spéciale
Débarquer à Kinshasa, c’est plonger avec ivresse dans la vie d’avant. Bondés, les bus Transco remontent vers la cité et rares sont les passagers qui portent le masque. Ou alors chacun, sur le menton, arbore une petite excroissance bleue, un masque de papier qui se relève à la demande. En journée, marchands de tout et de rien sont au poste, on vend toujours les piles et les allumettes à l’unité, les journaux à la criée ; la circulation, plus chaotique que jamais s’apparente encore à un gymkhana malgré les saute mouton, ces longs viaducs de béton qui surplombent désormais les quartiers populaires et leurs carrefours où s’entremêlent les charrettes à bras, les scooters, les piétons, les vendeuses de légumes… Chassés par la destruction du grand marché, démoli sans crier gare après une visite du président Tshisekedi, les vendeurs ont envahi les trottoirs du centre ville avec leurs chaussures, leurs sacs, leurs panoplies d’ustensiles chinois. Juchées sur leur tabouret, les « mamans changeuses » proposent toujours un franc qui a « pris l’ascenseur » et dépasse désormais les 2000 francs congolais pour un dollar. En traversant la Gombe, le quartier des affaires, on remarque cependant des immeubles neufs, des architectures audacieuses qui dominent des maisons coloniales presque en ruines ; de grandes marques européennes narguent le chaland, des supermarchés proposent des confitures et des gaufres venues de Hollabnde et de Belgique….Désormais si les chauffeurs font un détour du côté du fleuve, ce n’est pas seulement pour éviter le boulevard engorgé, c’est aussi pour s’offrir un passage devant la demeure de l’ex président Kabila, entourée de feuilles de plastique opaque en attendant les tôles ou pour tourner autour du mausolée érigé à la mémoire de Laurent Désiré Kabila, un lieu longtemps interdit d’accès… Kinshasa vibre plus que jamais, la croissance de cette mégapole de 12 millions d’habitants donne le tournis ; même si les vendeurs de journaux ont été chassés des grandes artères, la politique demeure omniprésente, les radios locales tournent à plein régime tandis que les « parlementaires debout », ces citoyens souvent militants du parti de l’UDPS, celui du président, sont toujours mobilisés par d’interminables discussions et poussent leur pari à présenter de nouvelles exigences. Si depuis un an, le monde entier est recroquevillé sur la pandémie, on a le sentiment qu’ici, la Covid est passée au dessus de la ville comme une tornade tropicale. Demain peut-être le virus frappera, mais en attendant, c’est aujourd’hui qu’il faut vivre… Cependant, le fléau a inspiré des mesures qui ont touché, quoique inégalement, les riches comme les pauvres. Qu’on en juge : dans le quartiers chics, les restaurants se vident dès 20 heures, car en prévision du couvre feu fixé à 21 heures, les barrages de police se mettent en place en début de soirée et si les policiers sont courtois, les amendes sont bien réelles. Dans certains hôtels de luxe, les fêtes continuent et ceux qui ne peuvent rentrer chez eux se contentent de prendre une chambre pour la nuit…Dès 17 heures cependant un frémissement traverse la ville : les voies qui mènent vers le centre se vident et dans la direction des grandes cités populaires, du côté de l’aéroport, on roule au pas. Les enfants qui se pressent aux carrefours se font plus insistants encore que d’ordinaire. Chassés du grand marché en réfection, traqués par les policiers de roulage, ils pleurent presque en quémandant un billet vert, ils se jettent au milieu du flot des voitures, esquivent les menaces..En réalité, depuis le début de l’épidémie, la situation des plus pauvres et en particulier des enfants est devenue plus précaire que jamais.
A Sainte Thérèse, le gong de midi, c’est la faim
Dès midi, on s’en rend compte au pied de l’église Sainte Thérèse, dans la paroisse de Ndjili. En fin de matinée, avertis par un gong muet qui s’appelle sans doute la faim, des gosses, garçons et filles apparaissent. Ils se rapprochent de la clinique mobile de Médecins du Monde, une ambulance aménagée venue d’Italie et l’un après l’autre, ils demandent une consultation. Lorsqu’ils sortent avec qui un bandage neuf sur ses brûlures, qui un simple sparadrap, ou quelques cachets, Sarah, la psychologue de MDM les attend sur un banc posé dans la poussière. Elle ne fait rien d’autre qu’écouter, tenter de relâcher la pression des nuits sans sommeil, écouter le récit des bagarres, faire en sorte que se relâchent l’agressivité, la vigilance, conditions de la survie… La plupart des histoires évoquent le retour de la manière forte. Il apparaît que le nouveau gouverneur, Gentilly Ngobila, est un homme qui rêve d’une ville propre, à l’américaine. Alors que son prédécesseur Kimbuta avait pris des initiatives sociales, désormais, les rafles mènent tout droit vers les pavillons 9 et 10 de Makala, la prison de Kinshasa où une section est réservée aux mineurs. Abed Masata, 14 ans a réussi à fuir la prison et il a gardé la nostalgie de l’école. Lorsqu’il parle de sa maman décédée, qui était militaire sur la frontière angolaise, ses yeux s’embuent. Son père s’est remarié et dès qu’elle a appris le décès de la première épouse, la belle mère, qu’il appelle « sa marâtre » n’a plus voulu de l’enfant et a refusé de payer les frais scolaires. Chassé de l’école, jeté de la maison, Abed s’est retrouvé sur le marché. Désormais, il passe la nuit entre les étals et déjoue les rondes de la police. Pour lui comme pour les quelque 25.000 « enfants des rues » ou plutôt, selon la terminologie de MDM « enfants en situation de rue » qui vivent à Kinshasa, la Covid fut synonyme de catastrophe. Les écoles ont été fermées durant trois mois, mais aussi les églises et tous les lieux de culte qui étaient aussi des abris. Les vendeurs se sont faits plus rares sur les marchés car les clients restaient près de leur domicile , les enfants qui portaient les sacs ou aidaient les véhicules à se garer n’ont plus trouvé de clients. Et le soir, alors que tous les adultes se pressent vers leur maison dans la cité, les enfants restent seuls, la faim au ventre.
C’est pour cela que dans la paroisse Sainte Thérèse, le meilleur moment de la journée, c’est la pause de midi, parfois assortie d’une consultation dans le minibus. Tout en jouant, les enfants, du coin de l’œil, surveillent les religieuses de l’ordre de don Guanello lorsqu’elles sortent de leur couvent. L’attente n’est pas vaine : une religieuse rondelette, la robe bien repassée, pose sur la table une énorme casserole de fou fou, (pâte de manioc), un plat de légumes verts, quelques bouts de poisson. Au milieu du rush, la religieuse s’égosille « n’oubliez pas de ramener les cuillers.. »Un silence religieux s’installe sur la petite place, les enfants râclent leur assiette avant de reprendre leur course dans la ville et Sarah se jure qu’un jour elle ramènera à l’école le jeune Abed…

Les échanges autour de l‘échangeur de Limete

Le soir, l’ambulance de MDM a repris du service. Cette fois, sa ronde l’a menée au pied de l’échangeur de Limete, un monument mythique, une carcasse de béton naguère élevée en l’honneur de Patrice Lumumba, et qui sera bientôt reconstruit. Alors que la nuit tombe et que le ciel est strié d’éclairs, les voitures se traînent vers les quartiers éloignés, provoquant des embouteillages gigantesques ; les policiers qui ont pris place derrière leurs barrières ne jettent pas un regard vers les enfants qui se faufilent entre les voitures et se rassemblent entre les fourrés du rond point. Jupes bien serrées, robes moulantes, les filles arrivent les premières, avec des petits qui tournent autour d’elles. Ce rond point, avec ses herbes folles, ses clôtures bariolées qui balisent le futur chantier et cachent des recoins perdus, c’est leur quartier général. Leur lieu de travail, leur gagne pain : chaque jour celles qui trouvent des « clients » peuvent espérer gagner l’équivalent de dix dollars, bien plus que les garçons du marché…En bavardant, elles font la file devant l’ambulance tandis que Sarah la psychologue tente d’apprivoiser les tout petits qui finissent par rire aux éclats. Les mamans présentent beaucoup de pathologies, infections, parasitoses, paludisme, problèmes gynécologiques…Une fille en robe jaune est enceinte de trois mois et s’interroge sur sa grossesse, qu’elle assure être le résultat d’un rapport violent, non désiré. Elle ne trouvera pas de solution ici, aussi longtemps que le Parlement congolais n’aura pas ratifié le « protocole de Maputo » dont la RDC est signataire et qui autorise l’avortement en cas de viol. Toutes les confessions religieuses sont vent debout contre ce projet de loi, et le nouveau président de l’Assemblée nationale, Christophe M’Boso, nous assure que le sujet n’est certainement pas à l’agenda, jugé trop impopulaire…
« Christine » (prénom modifié) nous confie son désarroi : elle a du mal à nourrir la petite de trois ans qui ne la quitte pas d’une semelle, qui vient de faire une infection tandis qu’un autre bébé s’annonce déjà… Dans la pénombre, la conversation se prolonge avec le médecin ou la psychologue, puis les jeunes femmes reculent lentement vers la nuit et se dirigent vers les panneaux rouillés derrière lesquels elles passeront la nuit, avec leur « love », leur amour du moment ou avec un autre. Dès leur départ, des garçons semblent jaillir de l’ombre. Ils rient trop fort, leurs yeux sont rougis, ils sentent le chanvre et tiennent encore à la main des bouteilles d’alcool ou de bière forte. Toujours aussi calme, le docteur Olivier les reçoit dans la clinique mobile. Il leur propose des antibiotiques, des anti inflammatoires, mais surtout un moment d’écoute… A l’heure du couvre feu, la pluie flagelle le petit groupe, qui finit par se replier dans la pénombre du chantier. Au loin, on distingue les lumières et les publicités de la ville des riches. Dans les cités sans électricité, les familles se rassemblent autour de petits feux en espérant que la pluie ne provoquera pas de nouvelles érosions…Depuis quelque temps, le docteur Olivier réfléchit au sujet de la vaccination : Médecins du Monde, comme les autres ONG, d’autres ONG, MDM s’est vu proposer la vaccination de ses volontaires et de ses bénéficiaires. Quoique limités, les stocks sont là et en mai ils seront périmés. Mais le médecin est aussi perplexe que ses collègues : jusqu’à présent, la méfiance l’emporte, nul n’a encore accepté la proposition et, dans les quartiers pauvres où le virus semble presque irréel, chacun songe que, peut-être, il y a d’autres urgences.

7 avril 2021

Jean-Jacques Muyembe, le vainqueur d’Ebola face au Covid

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Docteur Jean-Jacques Muyembe, coordinateur de la riposte à la pandémie de Covid 19
« On attendait un tsunami, on a eu une pandémie douce… »

Epidémiologiste presque légendaire, co-découvreur avec Peter Piot, du virus Ebola, patron de l’IRNB, (Institut national de recherche biomédicale), le Docteur Jean-Jacques Muyembe, qui se préparait à clôturer un nouvel épisode du virus Ebola dans l’Est du pays s’est vu chargé de relever, début 2020, un 19 et a du faire face aux prédictions plus apocalyptiques les unes que les autres, allant jusqu’à une hypothèse de 600.000 morts ! Nous recevant dans les bâtiments flambant neufs de l’ IRNB inaugurés en février 2019 et construits avec le soutien de la coopération japonaise, le spécialiste se montre relativement serein.
« L’arrivée de la Covid fut vécue comme l’annonce d’un tsunami pour les pays africains et plus particulièrement la République démocratique du Congo. EN réalité, nous avons plutôt vécu une pandémie douce…En termes de nombre de cas, nous sommes à 27.000 cas détectés et près de 700 décès, bien moins qu’en Europe… En fait, nous avons eu trois mois pour nous préparer : le début en décembre et c’est le 10 mars qu’est apparu à Kinshasa le « premier mort », un voyageur passé par Zaventem. Nous avons donc eu le temps de nous former à poser des diagnostics. Une première formation a eu lieu au Sénégal, organisée par l’OMS, une autre a été organisée en Afrique du Sud. Ici, nous avons ouvert un laboratoire de surveillance des maladies respiratoires. Nous avons utilisé les mêmes méthodes, les mêmes appareils que lorsqu’il s’agissait de surveiller les grippes…
Depuis la Chine, Jack Ma, l’un des richissimes magnats nous a envoyé une aide considérable : des containers contenant des machines, du matériel de protection, des moyens de transport. A l’époque, c’est à l’ IRNB que se faisait le travail pour tout le pays et nous étions surmenés. En temps normal, notre laboratoire analyse 50 échantillons par jour, tout au plus mais là, il lui fallait traiter une moyenne de 1500 échantillons ! La deuxième difficulté, c’était la prise en charge : nous ne savions pas comment traiter ces cas. En nous plongeant dans la littérature, nous avons vu que la chloroquine pouvait agir. Le Dr Raoult est un ami de longue date et nous avons décidé d’utiliser sa méthode. Mais à peine avions nous commencé que nous découvrions que l’on vendait de la fausse chloroquine ! Il n’empêche qu’alors que la mortalité, au début, était de 11, 9 % elle a baissé rapidement pour atteindre 2,7%. Vers juin, elle n’était plus que de 2% et nous avons décidé de maintenir cette méthode de traitement. A la chloroquine, nous ajoutions aussi l’oxygène. Mais lorsque nous avons connu une pénurie d’oxygène, nous avons du faire appel à la SNEL (société nationale d’électricité ») en plaidant pour qu’elle stabilise le courant…
Ce problème étant résolu, nous avons vu apparaître l’artemisia, le Panacovid, le Covid organic de Madagascar…
On a beaucoup parlé de cette découverte faite à Madagascar par un médecin d’origine congolaise, le Dr Muyangi…
Peut être, mais nos interlocuteurs malgaches, eux, n’ont jamais entendu parler de lui ! Le Dr Muyangi n’était jamais arrivé là bas…
L’autre problème fut la communication. En fait nous sommes face à deux épidémies : la véritable pandémie, et celle des fake news, qui répandent tant de fausses nouvelles, de mauvaises interprétations… La population doutait de la réalité de l’épidémie, elle avait une mauvaise perception de la maladie…Nous avons même connu des hommes politiques, surtout des députés, qui assuraient que cette maladie était inventée ! Comme les gens les croyaient sur parole, ces négationnistes nous ont porté des coups très durs…
Quelles furent les mesures adoptées ?
Tout d’abord, nous avons décidé d’imposer le port du masque. Ce n’était pas évident car jusqu’aujourd’hui, la plupart des Congolais le portent sous le menton ! Nous avons aussi imposé les mesures de distanciation et le président a lui-même décidé d’arrêter les vols à destination de l’Europe. Ensuite, nous avons bloqué les vols quittant Kinshasa pour l’intérieur du pays.
Au début, la covid était appelé la maladie des voyageurs. Les voyageurs qui arrivaient, souvent de l’étranger, (Europe, Amérique, Asie) en étant porteurs du virus commençaient par contaminer leur famille. On assistait alors à une deuxième épidémie, locale cette fois. A ses débuts, l’épicentre de la maladie, c’était la Gombe, le centre ville. La Covid était alors considéré comme une maladie de riches, qui frappait les nantis ayant les moyens de voyager…
En fait Kinshasa était et est toujours divisée en deux : à l’Est, dans les quartiers populaires, dans cette zone appelée globalement la Tshangu, les gens ne voient ni malades ni morts… Ils en concluent que cette maladie est celle des habitants du quartier nanti de la Gombe, mais pas la leur…Et donc ils ne portent pas le masque, même pas dans les bus surchargés ! Cependant, ils développent des infections asymptomatiques. Ne pas éprouver de symptômes ne signifie pas pour autant que l’on ne soit pas porteur !
Comment expliquez vous cette relative résistance des plus pauvres à l’épidémie ?
Le facteur le plus évident, c’est que dans les quartiers, les gens vivent à l’extérieur. En outre, la population est beaucoup plus jeune… Mais attention : les chauffeurs des gens aisés qui viennent chaque jour jusqu’à la Gombe regagnent chaque soir leurs quartiers populaires et ils peuvent y ramener le virus ! C’est ce qui rend le contrôle si difficile : les gens disent qu’il n’y a pas de morts dans leur entourage, ni même de malades. Sceptiques, ils ne croient donc pas au danger.
Il faut observer aussi le profil des gens qui vivent à la Gombe : souvent plus âgés, plus costauds, plus gros. Dans les quartiers riches, il ya beaucoup de co-morbidité : l’obésité, le diabète, l’hypertension… Autrement dit, dans la même ville, il y a deux maladies différentes… Chez les pauvres, le virus circule aussi mais il entraîne des maladies asymptomatiques… Nous comparons cette pandémie à un iceberg : ce que l’on voit, c’est la partie émergée, le sommet où se trouvent les malades. Mais sous l’eau, il y a les invisibles, ceux qui sont infectés et contagieux, mais sans que la maladie soit déclarée. Ce qui signifie qu’il faut être prudent avec eux aussi…

Comment s’est déroulé le confinement ?

Décrété en avril- mai, le confinement a duré jusque fin juillet puis il a été levé. On avait d’abord voulu faire un véritable « lock down », confiner chez eux tous les habitants de Kinshasa. Mais après une semaine on s’est rendu compte que c’était impossible, les menaces de soulèvement étaient trop fortes. Abandonnant cette idée, on a confiné seulement la Gombe ; le nombre de cas a commencé à baisser et nous avons subi la pression pour rouvrir les magasins…Un point positif, c’est que, les avions se rendant à l’intérieur du pays ayant été mis à l’arrêt, la maladie ne s est pas répandue dans les provinces. Ou alors elle est apparue très tard et dans les provinces qui sont en contact avec les pays limitrophes. Dans le Bas Congo et le Congo central, les contrôles étaient difficiles car les gens voyagent par bus…Tout le pays a été mis à arrêt, mais grâce aux mesures prises, le virus est resté contenu à Kinshasa… La première phase fut marquée par une mortalité très faible, alors qu’on s’ attendait à une explosion…
Quant au couvre feu, il a été décrété lorsque la deuxième vague est apparue en novembre. Il a été décidé de renforcer les mesures barrière, alors que la population niait toujours l’existence de la maladie…On a du à nouveau fermer les écoles, de décembre jusque février et maintenant elles sont rouvertes…
On peut donc dire que le pire n’a pas eu lieu…
C’est exact… Maintenant, les gens mettent en cause le couvre feu et nous songeons à le repousser à 23 heures au lieu de 21 heures et le lever à 4 heures du matin au lieu de 5. Mais c’est au président qu’il appartient d’annoncer cette décision.
Connaîtrons nous une troisième vague ? Je l’ignore, j’espère que non car le nombre de cas commence à baisser…Si le variant sud africain arrive jusqu’ici, il nous trouvera équipés et prêts à l’affronter. Dans le labo de l’IRNB nous avons déjà détecté le variant anglais et le sud africain a été trouvé à Kolwezi… Mais ces variants n’ont pas encore pris de proportions inquiétantes…Autrement dit la catastrophe n’a pas eu lieu, les chiffres alarmistes de l’OMS ne se sont pas vérifiés.. Par contre, la pauvreté a augmenté, le niveau de vie a nettement baissé. A Tshangu, dans les quartiers populaires, les gens ne supportent plus le couvre feu. Leur vie, leur revenu, c’est la ville..
Votre prochain défi, c’est donc la vaccination ?
Début mars, via le processus Covax, mis sur pied par l’OMS, nous avons reçu un million 700.000 doses de vaccins Astrazeneca, à consommer d’ici mai car alors il sera périmé. Alors que nous allions nous lancer dans la vaccination est apparu ce problème de thrombose. Au vu des soupçons, nous avons décidé, par précaution, d’attendre les conclusions des recherches. Maintenant que la France a repris, que l’agence européenne de médicaments assure qu’il n’y a pas de lien de cause à effet, nous avons décidé de reprendre la vaccination. Mais nous nous heurtons à une grosse méfiance au sein de la population, 54% du public reste sceptique…
Nous allons commencer par vacciner le personnel de santé, les personnes âgées, les gens qui ont des co-morbidités. Nous espérons qu’une fois vaccinés, médecins et infirmiers transmettront le message positif.
Le grand enjeu étant la communication, nous allons faire appel à des spécialistes, des journalistes, des anthropologues. Nous avons constitué une équipe qui s’appellera « Communication des risques et engagements communautaires » (CREC). Sur le terrain, le travail est mené par le secrétariat technique, bien organisé. Notre expérience de lutte contre les autres épidémies, comme Ebola, nous aide beaucoup. Je travaille toujours avec l’équipe Ebola qui se trouvait à l’Est… Ici, le savoir faire existe et on est à l’aise..En Belgique vous n’êtes pas habitués à ce type de situations…
La radio, les chaînes de télévision, les églises, catholique, protestante, de réveil et autres vont jouer un grand rôle dans la sensibilisation. Nous pensons que ce que disent le pasteur ou le prêtre sera accepté… La vaccination sera gratuite et volontaire. Si nous espérons toujours un engouement, en même temps nous le craignons, car nous ne disposons que de 1.700.000 doses alors qu’au début nous en avions demandé 6 millions ! S’il y a engouement il y aura bousculade…
Pour contenir l’épidémie, atteindre une immunité collective, combien de personnes devraient elles être vaccinées ?
Chez nous, ce sera un objectif difficile à atteindre…L’immunité collective, cela suppose 80% de la population immunisée et vaccinée. Ici, ce sera vraiment difficile : la logistique sera compliquée, il y aura le problème des transports, de la chaîne du froid…Certes, nous avons l’habitude du PEV (programme élargi de vaccination), et dans chaque province nous avons des réfrigérateurs qui permettent de ne pas briser la chaîne du froid. Mais ce sera tout de même compliqué…
Il est vrai aussi que la RDC a l’habitude des défis logistiques, il faut croire aux miracles…Les pays voisins s’en sortent plutôt bien, le Rwanda, l‘ Ouganda, et même le Burundi…Le gros problème, c’est l’Afrique du Sud…Pourquoi ? Parce qu’il y a là bas beaucoup plus d’obèses qu’ici…C’est une question de régime alimentaire, comme aux Etats Unis…Mais aussi de co-morbidités…
Ici, le taux de malnutrition est très élevé, -42% des enfants sont malnutris-, la corpulence moyenne est plutôt mince, l’obésité est rare, sauf pour ceux qui ont adopté le régime européen…Plus tard, il faudra tirer les leçons de cette résistance au Covid opposée par certains pays d’Afrique !
Je dois reconnaître aussi qu’en RDC, c’est la première fois que je vois un président s’adresser à des scientifiques pour résoudre ce type de problèmes, ce qui est un signe positif. J’ajoute aussi que dès le début, nous avons été aidés par l’Institut de médecine tropicale d’Anvers qui nous a envoyé dix spécialistes…Une geste qui fut très apprécié…

7 avril 2021

Quand les espions et autres agents se font la malle

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Sale temps pour les espions, agents et autres… Trois personnalités du monde du renseignement et des coups fourrés en République démocratique du Congo viennent de quitter la scène, chacun à sa manière.
L’une des disparitions les plus médiatisées depuis la moitié de la semaine dernière est celle de Kalev Mutomb, chef de l’ANR, (agence nationale de renseignements). Voici deux semaines, on apprenait que sa résidence, dans le quartier chic de Binza, avait été complètement encerclée à 3 h du matin par des policiers lourdement armés, venus à bord de trois jeeps encadrés par un général. Quelques heures plus tard, la résidence principale, des bureaux, des demeures secondaires, étaient perquisitionnés de fond en comble tandis qu’un mandat d’amener était produit, signée par l’avocat général de Kinshasa, déjà récusé précédemment par le chef des renseignements. Ce dernier, par le biais de ses avocats, avançait en substance que, vu le caractère particulier de ses fonctions, ce détenteur de secrets d’Etat ne pouvait être traduit en justice publiquement. D’autres messages rappelaient que M. Kalev est Katangais et que son interpellation pourrait raviver des tensions d’ordre ethnique. Le litige a rapidement quitté les voies de la procédure, car quelques heures après la descente de police, l’ancien chef de l’ANR s’était volatilisé ; il fait désormais l’objet d’un avis de recherche en bonne et due forme et sa disparition fait les gorges chaudes à Kinshasa. S’il suscite la curiosité, le sort de M. Kalev n’éveille cependant pas beaucoup de compassion, car l’opinion le tient pour responsable de nombreuses arrestations d’opposants et activistes. D’autres rappellent aussi que le chef des renseignements, un homme d’expérience, s’était opposé au rapprochement entre Kinshasa et Kigali et en particulier au droit d’escale accordé à la compagnie rwandaise Rwandair.
Une autre «échappée » fait encore plus de gorges chaudes : le général katangais John Numbi, qui s’était replié dans sa ferme katangaise, aurait quitté le pays pour le Zimbabwe et les diplomates congolais s’affairent désormais pour obtenir son extradition. L’un des « hommes forts » du Katanga, le général Numbi, un ancien inspecteur de police qui avait pris la tête du « bataillon Simba », avait été récemment désigné par d’anciens policiers comme le commanditaire de l’assassinat de Floribert Chebeya en 2010. Le corps de ce dernier avait été retrouvé quelques heures après que le fondateur de la Voix des Sans Voix Voix ait été convoqué à l’Inspection générale de la police par le général Numbi, qu’il connaissait de longue date. Considéré comme le chef de la « garde de fer » de l’ex-président Kabila et soupçonné d’entretenir des liens avec la milice meurtrière de Gédéon Kyungu, le général Numbi était demeuré un homme redouté, incarnant à sa manière un certain irrédentisme katangais.
La troisième disparition est celle d’Honoré Ngbanda, le dernier « maître espion » de feu le président Mobutu. Réfugié en France depuis la chute du régime Mobutu en 1997, Ngbanda, protégé par les autorités françaises de l’époque, n’avait cessé d’alimenter la chronique en dénonçant les agissements de Kigali en RDC, mêlant le réel aux fantasmes et nourrissant sans relâche la rancune des « combattants » de la diaspora et sapant les relations entre le Rwanda et le Congo, deux pays obligés de vivre côte à côte et interdépendants.. Honoré Ngbanda est décédé au Maroc d’une courte maladie.

20 mars 2021

Marie -Soleil Frere s’en est allée en laissant un lumineux sillage

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Discrètement, entourée de sa famille, Marie-Soleil Frère s’est éclipsée après avoir opiniâtrement lutte contre la maladie. Jamais nom ne fut aussi bien porté : pour tous ceux qui l’ont connue, cette femme laisse derrière elle un sillage lumineux et son enseignement, son exemple, éclaireront longtemps des générations de journalistes. Directeur de recherches, vice recteur de l’ULB, professeur, Marie-Soleil Frère était une passionnée des médias et elle jetait sur la presse africaine et européenne, un regard lucide mais plein d’espoir. A l’occasion de cours, de conférences, d’innombrables séminaires, tout au long de ses livres et articles, elle a formé des générations de journalistes de RDC, du Burundi, du Rwanda, du Burkina Faso. Personne ne connaissait mieux qu’elle les contraintes d’un métier difficile à exercer sous les tropiques, dans des pays pauvres et des systèmes politiques fragiles. Elle comprenait les difficultés et en parlait librement, mais elle apprenait aussi à ses étudiants comment analyser les situations, comment privilégier, avant toutes choses, l’honnêteté, respecter la déontologie, donner priorité à la vérité des faits.
Dans les pays où elle avait travaillé, animé des séminaires, lancé le journal des élections, certains journalistes sont, littéralement, devenus des héros et parfois des martyrs. Des modèles de courage et de liberté d’esprit, reconnaissant que bien souvent, c’est aux enseignements de Marie- Soleil Frère qu’ils le devaient. Et nous songeons ici tout particulièrement à nos confrères du Burundi et de RDC, héroïques résistants dans des situations de guerre ou de dictature.
Si Marie-Soleil Frère pouvait donner un enseignement d’une aussi haute qualité, professionnelle et morale, c‘est parce qu’elle était totalement passionnée par les valeurs qu’elle défendait. Elle croyait profondément que l’Afrique allait un jour guérir des plaies postcoloniales, que la jeunesse allait se lever et réclamer la justice, que les plus nobles des valeurs traditionnelles allaient finir l’emporter sur les mensonges des démagogues et des hommes forts. Elle pensait que les journalistes, armés de leur plume et de leur capacité d’observation, d’investigation, seraient eux aussi des acteurs du changement, des parieurs d’avenir. Elle souhaitait, avec son savoir, son intelligence et son cœur, leur fournir les meilleurs outils pour pouvoir exercer leur métier dans des conditions difficiles.
Sa disparition laisse un vide immense, mais aussi des rais de lumière. Car elle n’a pas parlé dans le vide, elle a éveillé des dizaines, des centaines de jeunes esprits qui ont fini par partager sa passion pour la rigueur des faits et l’indépendance des jugements. Si dans tant de pays d’Afrique francophone, la presse, ou une partie d’entre elle est l’une des vigiles de la démocratie, c’est à Marie-Soleil qu’on le doit car elle a dit et répété à ses étudiants de ne pas avoir peur de la vérité, d’oser se dresser contre les mensonges et de regarder vers le haut. Elle-même était ainsi, fragile en apparence et infiniment forte, rieuse, souriante et grave lorsqu’il s’agissait de l’essentiel, sévère dans ses jugements et généreuse dans ses amitiés. Pour tous ceux qui ont eu le bonheur de la connaître, elle fut un puits de savoir, de lumière et d’affection. Epouse du comédien Etienne Minoungou, fondateur des Récréthéâtrales à Ouagadougou, l’un des meilleurs dramaturges d’Afrique francophone, Marie Soleil était une compagne forte, positive, elle posait sur toute entreprise un regard lucide et infiniment aimant tout en accompagnant ses filles adorées.
Si, en Afrique francophone, des dizaines de journalistes restent debout et se battent pour leur métier, si en Belgique, sur les travées de l’ULB, tant d’étudiants se passionnent désormais pour les enjeux africains et plus largement pour les questions de justice et de droits, c’est bien à elle qu’on le doit. Elle a semé, avec tant de générosité et de talent qu’à travers les larmes que suscite son départ on décèle aussi les promesses de moisson…

19 mars 2021

Modeste Bahati Lukwebo, l’homme qui a détricoté le système Kabila

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Le nouveau président du Sénat congolais, Modeste Bahati Lukwebo qui succède à Alexis Thambwe Mwamba est bien plus que le nouveau patron de la Chambre haute, que le deuxième personnage de l’Etat. Cet homme de 65 ans, docteur en économie formé à l’Université de Milan est aussi un vétéran de la politique. Un vieux routier qui a connu tous les combats des dernières décennies, depuis la fin du régime Mobutu jusqu’à la défaite électorale du dauphin de Joseph Kabila et la sortie de scène d’un ex-président qui avait rêvé de régner depuis les coulisses. Elu à Kabare au Sud Kivu et originaire de Katana, Bahati a partagé tous les combats pour l’avènement de la démocratie. Durant la conférence nationale souveraine, au début des années 90, il était déjà l’un de ces coriaces représentants de la société civile de sa provinces, l’un de ceux qui, plutôt qu’être confortablement hébergés dans le domaine présidentiel de la N’Sele, avaient préféré loger chez l’habitant, au cœur de la cité. Un vieux de la vieille donc, qui s’est frotté à plusieurs générations de politiciens congolais, qu’il s’agisse des survivants du mobutisme, des ex- combattants kabilistes, des –rares- hommes de confiance de Joseph Kabila et aujourd’hui, de la nouvelle génération souvent issue de la diaspora et se bousculant dans le sillage de Félix Tshisekedi. Dans la législature précédente, le parti de Bahati Lukwebo, AFDC, (Alliance des Forces Démocratiques du Congo), allié à Kabila, était le mieux représenté à l’Assemblée, mais son chef dut attendre la « révolution tranquille » de Félix Tshisekedi pour se retrouver enfin élu à la présidence du Sénat, un poste qu’il convoitait de longue date.
C’est que Modeste Bahati (un prénom qu’il ne mérite plus…) a su se rendre indispensable au chef de l’Etat, il est devenu le complément d’un opposant qui a vécu durant trente ans en Belgique. Lui, issu du milieu, il connaît tout le monde et sait comment convaincre.
Si la nouvelle majorité sur laquelle s’appuie le président Tshisekedi compte désormais 391 députés sur 500, c’est bien à Bahati, informateur tenace et attentif, qui en fut l’artisan. Pourquoi Félix Tshisekedi, après avoir conclu voici deux ans un accord de coalition avec Joseph Kabila, réunissant CACH, (coalition pour le changement) et FCC, (Front commun pour le Congo) finit il par décider la rupture, au risque d’apparaître comme un homme qui ne respecte pas ses engagements ? La réponse de Bahati fuse : « il a rompu parce que ce n‘était plus tenable ; les blocages étaient constants, toutes les réformes que voulait introduire le chef de l’Etat, qu’il s’agisse de la direction de la Gecamines, ou de la réorganisation de la société des chemins de fer congolais étaient bloquées ; au fil des crises à répétition, le pays devenait tout simplement ingouvernable… «
C’est pour cela que Bahati, au début de l’an dernier, fut chargé d’une mission à première vue impossible : « prendre contact avec les « forces vives » du pays, la société civile, les milieux religieux, les universitaires, les représentants du secteur économique et même les chefs coutumiers, et voir si une autre formule pouvait être envisagée. Tous furent consultés et peu à peu, la majorité changea de camp : la Chambre a basculé, le Sénat est aujourd’hui acquis à Tshisekedi à raison de 85 sénateurs sur 109. » Bahati compte poursuivre le détricotage jusqu’au niveau des assemblées provinciales, afin qu’elles se rangent elles aussi dans le nouveau camp présidentiel. Sa méthode : « expliquer, écouter, persuader, convaincre…Etre issu de la société civile vous apprend à être à l’écoute de tous… » Le président du Sénat ne s‘étend cependant pas sur les arguments sonnant et trébuchants, -des milliers de dollars- utilisés pour encourager ce qu’ailleurs on appellerait le débauchage.
Lui, il rappelle qu’au Congo, « ce n’est pas l’idéologie qui compte. Ce sont les affinités tribales, géographiques, intellectuelles, économiques… » L’informateur préfère aussi souligner sa force de conviction personnelle, l’usure du système et l’arrogance dont faisait preuve l’entourage de Kabila, sans oublier l’immense aspiration au changement qui traverse toute la population. Si le nouveau gouvernement que le nouveau Premier Ministre Sama Lukonde s’efforce de constituer tarde à être proclamé, c’est parce qu’il y a beaucoup d’appétits à satisfaire, que Bahati revendique 5 postes pour les siens proportionnellement à son poids politique à l’Assemblée nationale, que le parti de Tshisekedi, l’UDPS, réclame sa place de parti présidentiel… Les places sont d’autant plus chères que le nouveau chef de gouvernement entend constituer une équipe stable mais réduite. ‘Tout le monde ne pourra pas en être membre », tranche l’ « informateur »… Les grands axes de la future équipe seront le rétablissement de la paix et de la sécurité, le maintien de la gratuité de l’enseignement primaire, la bonne gouvernance dans tous les domaines.
Mais le temps file : la confection de cette nouvelle majorité, qui concède à Félix Tshisekedi l’essentiel des pouvoirs et lui donne les moyens d’agir tout en le privant d’excuse en cas d’échec a pris du temps, consommant déjà près de la moitié d’un mandat qui expire en 2023. Une échéance qui n’inquiète pas le président du Sénat : « les élections auront lieu, fin décembre 2023 au plus tard. On peut aussi tenter d’en réduire le coût, de faire les choses plus simplement : pourquoi commander en Asie un matériel électoral coûteux que l’on pourrait produire ici ? L’essentiel, c’est que tout se passe dans la transparence. Si les gens voient que Félix Tshisekedi tient ses promesses, il n’aura pas de souci à se faire, les électeurs lui donneront les moyens de poursuivre son programme. Allez dans la cité, posez les questions aux gens, vous verrez combien le président est populaire. Il n’a rien à craindre. Impulser un tel changement, sans tirer un seul coup de feu, ce n’est pas si fréquent en Afrique, les électeurs le savent… »
Elu au Sud Kivu, propriétaire de plusieurs hôtels et d’une cimenterie, Modeste Bahati n’ignore rien des guerres qui déchirent l’Est du Congo depuis plus de vingt ans, mais pour lui, la solution passe par l’intégration régionale, « nous devons développer des projets communs. Pourquoi ne pas reprendre l’une des idées de Laurent Désiré Kabila, proposer aux combattants démobilisés de réhabiliter des tronçons de route, de faire du cantonnage, moyennant un salaire fixe ? » On le voit, l’ancien militant de la société civile a gardé le sens du terrain…

14 mars 2021

Le “jihad”est-il déclaré à Beni?

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Washington s’inquiète désormais de l’implantation de l’Etat islamique en RD Congo et au Mozambique

La jeune journaliste Giséle Kaj travaillant à Goma pour radio Okapi, la radio des Nations unies, avait peut-être parlé trop vite lorsque, s’interrogeant sur les violences qui dévastent la région de l’Ituri et plus particulièrement la ville de Beni, elle avait mis en cause la mouvante islamiste, la rendant en grande partie responsable des tueries qui, depuis 2017 ont fait plus de 2300 morts dont 1300 civils et provoqué le déplacement de 670.000 personnes. Par mesure de sécurité, au vu des menaces de mort qui pesaient sur elle, la journaliste fut rappelée à Kinshasa par ses supérieurs et vertement tancée parce qu’elle avait relevé le rôle parfois ambigu de la force des Nations Unies et s’était permis de critiquer le Groupe d’études sur le Congo, think thank attitré de la région.
Cette fois, la questions de la journaliste sont relayées par un rapport de taille, très documenté, produit par le « programme sur l’extrémisme » de l’Université George Washington. (1)Il assure que, dans les efforts déployés par l’Etat islamique pour se développer à l’échelle mondiale, le mouvement venu d’Ouganda, initialement connu comme ADF Nalu (Allied democratic forces ) aurait fusionné avec l’EI pour devenir sa branche dans la province de l’Afrique centrale (ISCAP) en République démocratique du Congo. Ce rapport, pris très au sérieux par la nouvelle administration américaine, établit que si l’Etat islamique perd du terrain en Syrie et en Irak, en revanche il se déploie désormais en Afrique centrale et plus particulièrement dans l’est du Congo d’où il se trouve en relation avec d’autres foyers de tension, au Kénya et surtout au Mozambique, où les violences se multiplient dans la province de Cabo Delgado au nord du pays.
Compte tenu de ce rapport corroborant d’autres informations, l’administration américaine aurait placé la RDC et le Mozambique sur la liste des Etats menacés par Daesh. C’est en 2018 que l’EI en perte de vitesse en Syrie et en Irak, aurait commencé à se restructurer, reconnaissant des groupes armés qui jusque là s’étaient vus refuser ce statut de « provinces ». La rationalisation a réduit à quatre les 28 provinces qui divisaient la Syrie, l’Irak, le Yemen et la Libye mai en revanche des groupes, à travers l’Asie (aux Philippines, en Indonésie) en en Afrique (en RDC et en Somalie) ont été élevés au rang de « provinces » formelles, avec des limites territoriales beaucoup plus larges. Même s’il existe peu de preuves établissant un contrôle direct par le commandement de l’Etat islamique, des liens existent cependant au niveau de la propagande, des finances et du serment d’allégeance à une cause commune.
Si l’allégeance des ADF à Daesh représente un changement de nature des groupes rebelles, la présence de ces derniers dans la région remonte cependant à bien plus longtemps. Le journaliste congolais Nicaise Kibel Bel’Oka, qui enquête depuis longtemps sur le sujet (2) relève que les groupes dits ADF Nalu sont présents dans l’Ituri depuis plus de deux décennies. C’est à l’occasion de la première guerre du Congo (1997-1998) menée aux côtés du Rwanda, que le président ougandais Museveni avait eu l’idée de rassembler au Congo tous les mouvements armés ougandais opposés à son régime afin de pouvoir entamer un dialogue avec eux. S’étaient ainsi retrouvés, dans la région de l’ituri, des anciens compagnons d’Idi Amin Dada, des Soudanais du Sud ayant quitté John Garang, des déserteurs de l’armée soudanaise, tous étant musulmans. Ces groupes s’installèrent au pied du Mont Ruwenzori dans la région de Beni et aussi dans la partie nord du parc des Virunga, qu’ils appelèrent Mayangose.
Au fil des années, ces groupes nouèrent dans la région des alliances familiales ou des relations d’affaires. Ils financèrent la construction de mosquées, les activités des taxi motos, le commerce du bois et du café (acheminé en grandes quantités vers l’Ouganda), se lancèrent dans le négoce de l’or, vendu à la famille Goetz d’origine anversoise, qui a construit en Ouganda la plus grande raffinerie d’Afrique. Ayant trouvé des complices au sein de la population, parmi les hommes d’affaires et les hommes politiques locaux, parmi les chefs coutumiers sinon au sein même de certains contingents musulmans de la Monusco, les ADF se sont révélés extrêmement difficiles à éradiquer. Ils donnent du fil à retordre aux forces armées congolaises elles aussi minées par des informateurs et régulièrement trahies. Voici quelques semaines, l’auditeur général Munkuto qui avait mené un procès public contre les islamistes est décédé subitement en Afrique du Sud au retour d’un voyage aux Etats Unis tandis que le major magistrat qui enquêtait à Rutshuru sur la mort de l’ambassadeur italien Luca Attanasio était assassiné.
A chaque offensive de l’armée congolais, les ADF pont pu se réorganiser grâce à leurs réseaux financiers et la « taxation » des communautés environnantes. Le rapport de l’Université George Washington relève aussi que les ADF travaillent avec des collaborateurs congolais, entre autres dans les plantations de l’Ituri.
D’après le rapport américain, l’insertion des ADF dans le mouvement plus large qu’est l’Etat islamique, leur a donné une visibilité « mondiale » mais dès 2014, les attaques de l’armée congolaise ont également brisé le modus vivendi et les représailles contre les civils sont devenus monnaie courante, de même que les enlèvements. Dès octobre 2019, le président Tshisekedi, soutenu par les Etats Unis ayant manifesté l’intention d’ « exterminer définitivement » ces groupes, la violence punitive contre les civils a redoublé, d’autant plus que les combattants ADF bénéficieraient désormais d’apports financiers et seraient soutenus par des combattants internationaux…
L’indice d’une inquiétude croissante est le fait qu’en février dernier une délégation américaine composée d’Andrew Young, du contre amiral Heidi Berg et de l’adjoint au commandant militaire pour l’Afrique se soit rendue à Kinshasa, ce qui devrait achever de convaincre les sceptiques.

(1) Program on extremism, the George Washington University, l’Etat islamique au RD Congo, mars 2021
(2) Nicaise Bel Bel’Oga, l’avènement du jihad en RD Congo, éditions Scribe

11 mars 2021

L’administration Biden coupe les ailes de Dan Gertler

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Le temps n’est plus où le milliardaire américain Dan Gertler pouvait débarquer en RDC à bord de son avion privé et être reçu avec la déférence due à un ami du président Kabila… Alors que les révélations se bousculent à propos de ses transactions douteuses dans les domaines minier et pétrolier et que l’homme d’affaires est accusé d’avoir fait perdre plus d’un milliard de revenus à l’Etat congolais, l’administration Biden a fait sauter le bouclier de protection que le président Trump lui avait accordé in extremis : elle a rétabli les sanctions décidées par le Trésor américain en novembre 2017 empêchant les transactions en dollars et elle a annulé la licence accordée par Trump pour un délai d’un an, à titre probatoire. Elle a accusé l’homme d’affaires de « corruption massive » et d’atteinte aux intérêts des Etats Unis. L’administration américaine a ainsi rétabli la cohérence entre les pressions qu’elle exerce sur la RDC en matière de lutte contre la corruption et le comportement de Gertler, spécialiste des circuits financiers off shores, régulièrement dénoncé par les ONG américaines et européennes comme l’un des prédateurs des ressources congolaises.
Avant ce coup de Jarnac , Gertler, sentant le vent tourner, avait essayé de réorganiser ses affaires avec le soutien d’une banque d’origine camerounaise, Afriland CD présente à Kinshasa mais il s’était heurté à la vigilance d’employés congolais auprès desquels il n’était pas passé inaperçu. Gradi Koko Lobanga, chef de l’audit interne de la banque, et Navy Mandela, contrôleur permanent, avaient identifié Gertler dans les couloirs de l’établissement après l’avoir vu dans un documentaire et avaient discrètement commencé à s’intéresser à ses comptes. Il était apparu que le volume des dépôts à Afriland First Bank avait doublé entre 2017 et 2018, grâce à des sociétés liées à l’homme d’affaires et titulaires de comptes dans la banque. Réfugiés à l’étranger, les deux hommes ont expliqué devant la presse internationale que si, sur le compte de Gertler on n’enregistrait plus de mouvements de fonds, par contre un certain nombre de sociétés écran avaient été créées, brassant, elles des dizaines sinon des centaines de millions de dollars tandis que leurs dossiers se trouvaient dans le bureau du directeur général adjoint de la société. C’est en juillet 2020 que la plate forme de protection des lanceurs d’alerte (PLAAF) publie ses premiers dossiers sur Dan Gertler, illustrant la manière dont les sanctions américaines ont été contournées. D’autres ONG, Global Witness en Grande Bretagne, The Sentry aux Etats Unis s’engouffrent dans la brèche et les rapports se succèdent. Mais à Kinshasa, la banque Afriland porte plainte pour vol d’informations bancaires confidentielles tandis qu’au Congo les deux lanceurs d’alerte sont traînés devant les tribunaux et lourdement condamnés pour vol, faut et usage de faux, association de malfaiteurs. Craignant pour leur vie à la suite d’une condamnation à mort, et leur famille étant également menacée les deux hommes, entretemps, se sont réfugiés en Europe d’où ils dénoncent la disproportion entre les sanctions qui leur sont infligées et l impunité dont jouissent ceux qui ont fait perdre des millions de dollars à l’Etat congolais. Face au durcissement américain, tous les regards se portent désormais vers le président Tshisekedi qui a renforcé ses pouvoirs à Kinshasa.

7 mars 2021

La communication de Tshisekedi sera dirigée par un professionnel formé en Belgique

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C’est un familier des téléspectateurs belges qui a été nommé à la tête des services de presse du président Tshisekedi : Erik Nyindu Kibambe.
Né à Kinshasa en 1970, ce ressortissant du Kasaï oriental mène ses études supérieures à Bruxelles et sort de l’UB avec une licence en philosophie et communications. C’est à Radio Tele Matonge, anciennement « les amis de Wetshi » qu’il fait ses premiers pas, secondant le déjà légendaire Wetshi, pionnier de la presse eurafricaine à Bruxelles, qui fut le premier à donner la parole aux communautés congolaises et africaines dans la capitale. Erik Nyindu passe ensuite à TeleBruxelles puis à TV5 avant d’être repéré par Vox Africa, une chaîne de télévision orientée vers l’Afrique et qui diffuse depuis Londres. Revenu à Bruxelles, il fonde sa propre société de production Voix media. De 2017 à 2019, il dirige la rédaction de MEDI I TV Afrique, une chaîne internationale produite par le Maroc. Le sourire n’empêchant pas les questions pointues et les activités de Matonge menant aussi aux grandes chaînes internationales, Erik Nyindu est avant tout un vrai professionnel de la presse, spécialiste de l’information et non de la propagande. Directeur de la cellule de communication de la présidence de la république, il succède à Lambert Mende Omalanga, éloquent porte parole du gouvernement et du président Kabila, un ancien lumumbiste rallié aux rebelles puis au pouvoir kabiliste et ayant aujourd’hui rejoint les rangs de l’Union sacrée de Tshisekedi.

7 mars 2021

KInshasa prépare le retour des “restes” de Lumumba

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Le 30 juin prochain verra le grand retour des « restes » de Patrice Lumumba au Congo
L’hommage est attendu comme un grand moment des relations entre la Belgique et le Congo

L’année du 60 e anniversaire de la mort de Patrice Lumumba sera aussi celle de la réhabilitation en grande pompe du martyr de l’indépendance congolaise. En accord avec les enfants de Lumumba, ses fils François et Roland, sa fille Juliana une task force a été créée autour du président Tshisekedi afin de coordonner hommages, monuments et cérémonies. Un mausolée sera érigé à Kinshasa, où une construction, connue aujourd’hui comme l’échangeur de Limete, portait déjà autrefois le nom de tour Lumumba. C’est là que devraient se dérouler les cérémonies de mémoire et d’hommage. Quant à Onalua, le village natal de Patrice Lumumba, il sera rebaptisé Village Lumumba, même si c’est à Kisangani (Stanleyville) que débuta l’action politique du futur Premier Ministre. La partie culturelle des cérémonies de commémoration a été confiée au cinéaste belgo-congolais Balufu Bakupa Kanyinda.
Le rapatriement des « restes » du Premier ministre assassiné représentera un moment fort de l’hommage national. Le corps ayant été dissout dans l’acide pour éviter les pélerinages, une dent fut cependant ramenée en Belgique par Gérard Soete et elle a été saisie par le Parquet de Bruxelles. Modeste sur le plan matériel, ce rapatriement aura cependant une grande valeur symbolique, car, aux yeux des Congolais, seul un enterrement dans l’honneur permettra au Premier ministre assassiné de reposer en paix. Le « dernier voyage » devrait être précédé d’une cérémonie solennelle à Bruxelles à laquelle devrait assister le procureur fédéral et où la diaspora congolaise sera fortement représentée. Dans la foulée du discours prononcé le 30 juin dernier par le roi Philippe reconnaissant les erreurs commises par la Belgique, une importante délégation belge devrait faire le voyage à Kinshasa. Secret ou non, le vœu des Congolais et en particulier du président Tshisekedi serait qu’à cette occasion le roi Philippe puisse être accueilli à Kinshasa, en réponse à une invitation plusieurs fois formulée et adressée également à la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès. Mais de source diplomatique, si l’invitation est confirmée, un déplacement à la date du 30 juin parait plus qu’hypothétique et le « niveau » de la délégation belge n’est pas encore connu.
Malgré les années, le destin tragique de Patrice Lumumba demeure un sujet sensible en Belgique comme au Congo. C’est ainsi qu’à Kinshasa, la représentation de la pièce d’Aimé Césaire, « Une saison au Congo », qui a eu lieu cette semaine au Théâtre national à l’occasion de l’accession de la RDC à la présidence de l’ Union africaine a fait des vagues : jugé trop long, le texte a du être raccourci, et, le président Tshisekedi ayant quitté les lieux avant la fin de la représentation, la fin du spectacle, illustrant l’engagement politique et la disparition du Premier Ministre, fut pratiquement escamotée. Ce qui suscita des protestations, d’autant plus que les débuts de la représentation montraient le futur Premier Ministre, alors directeur commercial de la brasserie Bracongo, mener sa campagne électorale dans les bars de Kinshasa…

7 mars 2021

Désastre humanitaire dans le Tigré

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Selon Amnesty, « des centaines de civils » ont été massacrés par l’armée éthiopienne dans la province rebelle du Tigré

Précédée par Kagame, Amnesty lance l’alerte à propos de la situation dramatique du Tigré, qui pourrait empirer davantage encore

Le président du Rwanda, Paul Kagame, sait mieux que quiconque ce que signifie un génocide commis dans l’indifférence du reste du monde. C’est pourquoi son inquiétude à propos de la situation dans le Tigré doit être prise au sérieux, d’autant plus que le Rwanda entretient d’excellentes relations avec le Président éthiopien Abyi Ahmed, prix Nobel de la paix. Le président rwandais, à l’occasion d’un échange avec la Hoover institution, a déclaré que la situation dans le Tigré ne recevait pas encore l’ attention qu’elle mériterait, de la part de l’ONU et des autres pays africains, alors que, dit-il, « elle devient de plus en plus inquiétante et que, d’ici un à trois ans, elle devrait devenir encore plus difficile à gérer ». Trois mois après le début des opérations militaires éthiopiennes dans le Tigré, qui n’auraient du n’être qu‘une simple « remise au pas », Amnesty International a cependant collationné des informations accablantes et dans un rapport récent, accuse Addis Abeba de « crimes de guerre ». Se basant sur des témoignages recueillis auprès de réfugiés ayant réussi à joindre le Soudan et sur des images satellites de la ville d’Aksoum, ville « sacrée » et berceau de la religion copte, Amnesty assure que les troupes éthiopiennes, essayant de reprendre le contrôle de la ville avec le soutien de leur allié érythréen, ont commis de multiples crimes de guerre :« ces troupes se sont déchaînées et ont méthodiquement tué, de sang froid, des centaines de civils, commettant des crimes contre l’humanité. » Amnesty rappelle que les troupes éthiopiennes et érythréennes ont pris le contrôle de la ville le 19 novembre dernier lors d’une vaste offensive, tuant et déplaçant des civils par des bombardements et des tirs indiscriminés. Aux côtés des troupes gouvernementales, de nombreux témoins ont reconnu des soldats érythréens, se livrant à des pillages et tuant des gens au hasard, dont de nombreux civils sans armes qui tentaient de prendre la fuite. Décrivant les violences commises les 28 et 29 novembre, en représailles à une attaque menée par un groupe de miliciens favorables au pouvoir déchu du TPLF (Front populaire pour la libération de l’Erythrée) des témoins assurent qu’à la nuit tombée « dans la rue il n’y avait que des cadavres et des gens qui pleuraient » et que le lendemain, les soldats auraient tiré sur ceux qui voulaient emporter les corps et fouillé les maisons.
Amnesty assure avoir recensé les noms de plus de 240 victimes et des habitants lui ont déclaré que plusieurs centaines de personnes avaient été enterrées après le massacre. En outre, des images satellites ont montré des fosses communes creusées près de deux églises.
Après trois mois de silence, le rapport d’Amnesty a suscité les premières réactions : Josip Borrell, au nom de l’Union européenne (l’un des premiers bailleurs de fonds de l’Ethiopie) a plaidé pour la fin immédiate des hostilités et le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est dit gravement préoccupé par les atrocités. Mais de leur côté, les autorités érythréennes ont qualifié de « mensonge » les allégations de massacre et nié la participation de leurs troupes tandis que l’ambassadeur d’Ethiopie à Bruxelles Hirut Zemene assurait qu’ « un tel scenario était hautement improbable. » .
En réalité, tout indique que le Premier Ministre éthiopien Abyi Ahmed, prix Nobel de la paix, ait voulu en novembre dernier écraser le pouvoir local du Tigré, le Front populaire pour la libération du Tigré, qui, en octobre, avait organisé et remporté, des élections locales jugées illégales. L’ intervention militaire, qui n’aurait du être qu’une « opération de police » se heurta à la résistance acharnée des dirigeants du TPLF, des combattants aguerris maîtrisant parfaitement le terrain montagneux et soutenus par la population.
Quant à l’intervention des troupes érythréennes, confirmée par de nombreux témoins, elle ne s’explique pas seulement par les bonnes relations entre le président érythréen Issaias Afeworki et le premier ministre éthiopien Abyi Ahmed qui reçut le Prix Nobel de la paix pour saluer cette réconciliation : le pouvoir érythréen tient le FPLT tigréen, aujourd’hui en déroute mais réfugié dans le maquis, pour personnellement responsable de la guerre meurtrière qui, de 1998 à 2000 opposa les deux pays à la suite d’un litige frontalier du côté de la ville de Badme. Cette guerre obligea l’ Erythrée, toujours sur pied de guerre, à renforcer le service militaire obligatoire, récusé par des milliers de jeunes gens et elle fit des milliers de morts. Même après la réconciliation entre Addis Abeba et Asmara, la frontière passant par le Tigré demeura bloquée tandis que des milliers de déserteurs érythréens désireux de gagner l’Europe via le Soudan, fuyaient leur pays en passant par le Tigré. L’intervention érythréenne dans le conflit actuel a d’ailleurs permis de rapatrier de force nombre de ces fuyards…