Da Silva, douceur dure

On a croisé la route de Da Silva fin décembre, à Bruxelles, où il devait livrer quelques heures plus tard un concert tonitruant. La route, un lieu qui fait partie de l’ordinaire pour Manuel Da Silva, 31 ans, vraie bête de scène, qui en a parcouru des kilomètres de macadam depuis la sortie de son premier album « Décembre en été ». Une révélation, il y a trois ans, consacrée par une nomination aux Victoires de la Musique, et couronnée par un beau succès public. 100 000 exemplaires écoulés de ce premier disque. De quoi promettre au minimum « De beaux jours à venir », du titre de son second album, paru l’année dernière, à ce musicien un temps reconverti en représentant de commerce. Qui oeuvra un temps dans un groupe punk « Punishment Park ».
Ce qui tient du miracle dans le cas de Da Silva, c’est de réussir avec autant de pudeur à placer des mots sur des émotions. Avec un sens aigu de la dramaturgie, mais sans rendre son propos indigeste, tenant une juste mesure entre les débordements d’un Cali et l’effacement d’un Miossec, pour faire court. On ne rit pas beaucoup à l’écoute des chansons de ses deux albums ; on scrute plutôt les humeurs d’une âme tourmentée, et les balancements de la passion amoureuse. « Je n’ai pas peur de chanter l’amour parce que je ne sais vivre qu’amoureux. Mais souvent, c’est au travers du prisme de l’amour, ou du couple, que je peux rendre compte des petits deuils qu’on a à faire tous les jours, avec les autres, contre les autres, sans les autres. », expliquait-il lors de la sortie de son deuxième album.

De son passé punk, Da Silva garde surtout le sens de l’urgence et la volonté de ne pas « diluer le propos », et d’aller au plus percutant. Pas par crainte de ne pas tenir la distance sur 10 minutes, mais pour faire marcher la chanson dans le sens de la ritournelle enfantine.
C’est parfois surprenant. De quoi laisser planer l’impression que le garçon prend la chose par dessus la jambe. Ou interroger sa propre attitude par rapport à la musique. Manu Da Silva a pris pieds dans sa session acoustique comme il se tient sur scène. Pas forcément allumé, mais avec une lueur dans son beau regard méditerranée qui ménage bien des surprises : à peine avait-on fini de lui délivrer les quelques consignes qu’il arrêtait une voiture de police, conduite par une jeune policière pour lui intimer de l’emmener au poste. La version punk restant lettre morte, c’est le versant plus intimiste qu’on aura pu gravir avec lui, sur une balançoire imaginaire. Avec cette voix déchirée qui osera à peine s’élever sur « La fuite» et rebondira davantage sur « De là haut ». “Du courage, quand montent la fièvre et l’orage”; voilà qui ne s’accommode guère d’une écoute d’entre deux eaux. Comme un bon vieux fado, la grande musique de Da Silva serait plutôt de nature à ne plus vous lâcher. (C.Pt)


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4 commentaires

  1. Nicolas Breye

    15 février 2008 à 17 h 52 min

    Da Silva, douceur dure… C’est exactement ça!

    Merci encore une fois pour cette superbe ukulele session!

  2. SwatSh

    15 février 2008 à 22 h 27 min

    Quelqu’un pourrait-il me dire où cela a été tourné?

  3. duch

    17 février 2008 à 1 h 17 min

    swatsh,
    ce US a été tourné dans un hôtel récemment rénové, situé rue Royale, juste à côté du botanique.
    Tu vois ?

  4. SwatSh

    26 février 2008 à 21 h 54 min

    Oui, je vois ;-)
    Merci pour l’info.

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