Caribou, c’est fou !

Samedi soir, les Nuits enregistraient deux nouveaux sold out : à l’Orangerie où se succédaient Sleepingdog, Joy et Low, ainsi qu’au Chapiteau où jouaient Vessels, Montevideo (nos photos) et les Canadiens de Caribou. Ajoutez à tout cela une météo particulièrement clémente, et vous aurez déjà une image plus précise du monde occupant le Botanique, notamment les marches extérieures, propices à une agréable pause sur fond de coucher de soleil, mais sur lesquelles il a plus d’une fois fallu se frayer un chemin entre les gens pour circuler.


Joy, au lendemain d’un concert français en première partie d’An Pierlé, laisse parler son romantisme un peu sombre dans une Orangerie complète mais où il est encore possible de respirer. Ce n’est pas plus joyeux – contrairement à ce que pourrait laisser penser ce nom de baptême – que lors des concerts donnés ici par Marc Huyghens et ses deux musiciennes en septembre et octobre derniers. Le chant, sur fond de cordes, monte toujours en longues incantations. Les toms prennent parfois un accent tribal. Le violoncelle (pour lequel Céline Chappuis a remplacé Anja Naucler depuis quelques mois maintenant) ajoute de la présence, de la gravité ou dramatise l’ensemble. « Endless song » fait toujours son petit effet, avec cette note de guitare insistante, cette voix qui se combine progressivement à celle de Françoise Vidick, la batteuse… Le set de près d’une demi-heure, se clôt sur une touche un rien plus enlevée avec « Cold & Storm »… Prochain rendez-vous belge pour le trio : à Bruxelles, le 19 juin, à l’occasion de la Fête de la Musique.

L’atmosphère installée par Joy n’est pas vraiment chamboulée à l’arrivée de Low (dont Huyghens & co reprennent d’ailleurs « Long way around the sea », extrait d’un Christmas ep offert aux fans voici une dizaine d’années). Si ce n’est que l’éclairage rouge et bleu dirigé vers le rideau du fond de scène ajoute un petit quelque chose de somptueux à la prestation des Américains de Duluth. Avec « Nothing but heart », extrait de C’mon, leur dernier album en date, avec ce titre répété tel un mantra qui gagnerait en intensité, mais aussi des perles comme « Try to sleep », « Monkey » ou « The great destroyer », le groupe d’Alan Sparhawk et Mimi Parker invite presque à la prière. Mais une prière dont le fil serait cette guitare qui, de soie, se fait progressivement papier de verre. « Amen ! », crie quelqu’un dans la salle recueillie, entre deux titres…

Du recueillement, voilà qui n’est pas vraiment de mise sous le chapiteau déjà bien plein à l’heure où les Belges de Montevideo montent sur scène. Et livrent une prestation certes dansante mais très rock quand même, assaisonnée qu’elle est de la voix rauque de Jean Waterlot et de ces sons de guitare un peu sales. Le genre de mélange qui, sur un « Boys from Brazil » parfumé au gasoil, achève d’échauffer le public.

Tout juste : les lieux sont bondés et même étouffants (plus encore que samedi passé pour Garnier) une fois loin des portes par lesquelles pénètre un petit filet d’air frais ! Mais c’est aussi l’effet Caribou. Ou Daniel Snaith, auteur, compositeur, bricoleur un peu zinzin et… mathématicien, précédemment actif sous le pseudo de Manitoba. Il y a un an, le bonhomme nous sortait Swim, un album très dancefloor qui, du coup, avait pas mal désarçonné ses fans jusque-là sous le charme de ses chansons pop et psychédéliques. Alors, quel Caribou pour ces Nuits ? Celui qui a affolé les remixeurs, ou celui des couplets/refrains sous influence ? Les deux mon général, mais avec une prédominance quand même du premier. Dans cette symphonie de basslines plombées, de synthés planants, de flashes de lumière blanche et de voix angéliques se fondent les Stone Roses, Fad Gagdet, le dub vu par un Adrian Sherwood, la techno de Detroit et la house tendance deep.

Les quatre musiciens (avec une batterie placée très en avant) ne relâchent jamais leur étreinte, et le public en redemande, décollant instantanément sur des titres aussi irrésistibles que « Kaili » ou, en rappel, ce « Sun » digne d’une rave qui fait grimper le thermomètre de quelques degrés supplémentaires. En sortant, près du bar, on en croise quelques-uns marmonnant « suun, suun, suun… », les yeux perdus au fond de leur gobelet de pils. Caribou, c’est fou !

Didier Stiers

Caribou – “Sun”
Caribou – “Jamelia”


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