Après le parlant et la couleur…

Cinéma Effets, 3D et un Dreamworks bluffant dévoilés à « Parisfx »

Le film en relief est une réalité. La preuve : « Monster vs aliens », prochaine pépite des studios Dreamworks.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL A PARIS

Des extraterrestres qui envahissent les USA, le président qui leur joue Axel F, un général incarné par Kiefer « 24 heures chrono » Sutherland, une nana de cinquante mètres et un scientifique à tête de cafard : voilà quelques-uns des ingrédients de Monsters vs aliens, le prochain film d’animation en relief des studios Dreamworks. Les séquences montrées la semaine passée à Parisfx annoncent autant de « ooh » et de « aah » que d’éclats de rire.

Parisfx, qui en était cette année à sa seconde édition, assure au travers de présentations et d’études de cas la promo de la création numérique et la production des effets visuels made in France. Leur réputation a franchi les frontières de l’Hexagone. Certains artistes (Buf Compagnie) ont travaillé sur des plans du dernier Batman ou du second Hellboy (Double Negative). D’autres (Chez Eddy) concoctent de la pub pour la grande distribution en Belgique. D’autres encore (Def2shoot) collaborent avec cette légende de l’animation nippone qu’est Rintaro. Quand ils ne s’attaquent pas eux aussi au film en relief. A l’instar de Dreamworks donc, dont l’un des patrons, Jeffrey Katzenberg, a fait le détour par la place de la Concorde pour présenter le futur petit dernier de ses studios. Distinction qui a son importance : aux Etats-Unis, on dit 3D, là où en Europe, on parle de film en relief.

Au département animation de Dreamworks, on travaille dans l’esprit 3D dès la première étape d’une nouvelle création, comme les Belges de nWave (Fly me to the moon) le font depuis un moment déjà. Le studio a développé sa propre plateforme technique, avec ses propres logiciels, ses caméras et ses plateaux virtuels. Ils seront également mis à la disposition des réalisateurs intéressés, tel James Cameron.

Il n’y a pas que les outils, il y a aussi l’esprit. Chacune de ces étapes doit contribuer à l’immersion du spectateur dans l’univers du film. Raison pour laquelle on a décidé de se passer de ce tour de magie technique consistant à travailler en jaillissement, vers le spectateur. Dreamworks privilégie au contraire ce qui peut amener de la profondeur aux images. « Le jaillissement est en général ce à quoi on pense quand on évoque la 3D, explique Jeffrey Katzenberg, après une projection qui était entourée de mesure de sécurité à l’américaine. Nous voulons renforcer l’expérience immersive, faire ressentir l’atmosphère. Nos studios travaillent aujourd’hui sur quatre films, et tous fonctionneront dans ce sens. Nous ne voulons pas que le spectateur “sorte” de l’histoire. »

Le réalisateur Pascal Thomas évoquait, il y a peu, tout le mal qu’il pense d’une évolution qui oblige les salles à s’équiper en numérique. Katzenberg voit les choses autrement : « L’équipement numérique se répand depuis cinq ans, mais ne permet pas encore d’engranger beaucoup de bénéfices. Le cinéma en relief va changer la donne. Aux Etats-Unis, il y a deux ans, 80 salles étaient équipées pour la 3D. D’ici à ce que Monsters vs aliens sorte, nous en espérons près de 2.500. Pour le quatrième Shrek, prévu pour l’été 2010, il devrait y en avoir 7.500. » Et ailleurs dans le monde ? On attend plutôt de voir…

« Qu’est-ce qu’il y aura après la 3D-relief ? », demande un spectateur parisien. « Il a fallu septante ans pour arriver à ceci, lui répond le big boss. Il faudra encore cinq à dix ans avant que tous les cinémas ne passent à la 3D. Ce qui pourrait arriver assez vite, c’est l’autostéréo, la stéréo sans les lunettes… » Quand on sait que les premières recherches en la matière datent de 1903, ce n’est presque plus de la science-fiction ! Pas plus que Monsters vs aliens : rendez-vous le 1er avril 2009…

P.42 La 3D, antidote au piratage

Prière de chausser vos lunettes
Cinéma Le piratage enrayé par la 3D ?

PARIS

DE NOTRE ENVOYÉ spécial

A l’heure où chez Dreamworks Animation, on a basculé dans le « tout relief », puisque les films sortiront encore en 2D, mais seront dérivés de la version 3D et non plus l’inverse, la France, patrie des frères Lumière et des Mélies, commémore à Parisfx les 25 ans de sa première image tridimensionnelle. C’est en 1983 en effet que la Sogitec (spécialisée dans la création de simulateurs de vol) et des chercheurs de l’Institut national de l’audiovisuel mettent la touche finale à un petit film intitulé Maison vole. Sous des dehors que n’aurait pas reniés un Folon, il conte l’histoire d’une maison à l’étroit en ville et qui décolle pour la campagne.

Ce court-métrage un peu maladroit est pourtant l’une de ces étapes pionnières qui ont conduit à aux films virtuoses que les créateurs concoctent de nos jours. A l’époque, chaque image nécessitait de 8 à 10 minutes de calcul ! Aujourd’hui, ces images autrement plus fluides sont partout : à la télé, dans la pub, les jeux vidéo, au ciné…

L’année qui vient sera prolifique : une douzaine de films 3D-relief s’annoncent sur les écrans. Les producteurs y croient, manifestement. Jeffrey Katzenberg n’hésite pas une seconde, emboîtant le pas à ceux qui affirment que le relief est la solution antipiratage par excellence. « Les films piratés dans le monde sont à 90 % des copies caméscope prises dans les salles. Comme les pirates enregistrent ce qu’ils voient, la qualité est déjà douteuse, alors imaginez celle d’une copie d’un film en relief. » Il suffit d’en regarder quelques secondes sans les lunettes adaptées pour s’en convaincre : l’image est… « double ».

Le raisonnement du patron de Dreamworks est assez simple. Avec le ciné en relief, l’idée est de proposer au public quelque chose qu’il ne peut obtenir à la maison, quelle que soit la qualité de l’équipement domestique. Traduction : ramener ce même public vers les salles obscures. « Et si ça n’arrive pas, ironise-t-il, nous faisons un métier sur le déclin. »

Ramener le public ? Encore faudrait-il que le prix des tickets reste raisonnable. Et que le home-cinéma ne se perfectionne pas trop… Or, techniquement, le relief à domicile, c’est déjà possible. « Mais pour que ce soit efficace, tempère Katzenberg, tout est question d’éloignement par rapport à l’écran et d’absence d’éclairage parasite. »

STIERS,DIDIER
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