Avec « Plomb durci », Israël sème l’effroi parmi les Gazaouis

Proche-Orient Samedi et dimanche, l’armée israélienne a pilonné Gaza

Près de 300 tués en deux jours : l’offensive d’Israël visant le Hamas est la plus violente contre les Palestiniens depuis 1967.

POINT DE PASSAGE D’EREZ

de notre envoyé spécial

Au moins 290 morts et un millier de blessés du côté palestinien, un mort et neuf blessés du côté israélien, un policier égyptien tué. Tel est le bilan provisoire de l’opération « Plomb durci » déclenchée par l’armée israélienne contre le Hamas. Tout a commencé samedi à 11 h 32 du matin lorsque 60 hélicoptères de combat et 85 chasseurs bombardiers F-16 ont attaqué une série d’objectifs « stratégiques » de Gaza. Plus de 250 cibles ont été visées : des casernes, des bâtiments gouvernementaux, des entrepôts industriels et des mosquées soupçonnés d’abriter des caches d’armes, des réserves de pétrole situées à Rafah, le camp de réfugiés de Jébaliah, et aussi des immeubles privés dans lesquels résidaient des responsables islamistes. En outre, les studios de la chaîne de télévision Al Quds, du Hamas, ont été rasés.

« La première vague de bombardements a duré trois minutes, mais j’ai eu l’impression qu’elle durait trois siècles, raconte Ayman Al Masri, un chauffeur de Gaza-City contacté par téléphone. Les gens affolés couraient dans les rues sans savoir où aller pendant que les bombes tombaient, les enfants hurlaient et les gens du Hamas tiraient en l’air faute de savoir que faire. »

Parmi les victimes figurent le chef des services de sécurité du Hamas Tawfik Jaber et son adjoint, des cadres des Brigades Ezzedine el kassem (la branche armée de l’organisation), ainsi que le préfet de la zone centrale de Gaza. Quarante aspirants policiers âgés d’une vingtaine d’années et qui prêtaient serment dans la cour de leur centre de formation ont été pulvérisés par une bombe en plein cœur de Gaza. Mais on compte aussi des civils enterrés sous les décombres des immeubles surpeuplés qui se sont effondrés ainsi que des passants et des enfants tués ou blessés en pleine rue.

La plupart des blessés ont été soignés à l’hôpital Shifa, un établissement vieillissant conçu pour accueillir un nombre limité de patients. Nombre d’entre eux dorment donc dans les couloirs et ils ne sont pas toujours soignés comme il le faudrait puisque les stocks de médicaments sont limités par le blocus israélien.

« Nous allons changer complètement le comportement du Hamas, répète depuis samedi le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak. L’opération pourra être étendue et nous n’accepterons pas de cessez-le-feu. » Malgré l’appel du Conseil de sécurité appelant à la fin immédiate de toutes les activités militaires dans la bande de Gaza, Ehoud Olmert a confirmé à l’occasion du traditionnel conseil des ministres dominical la carte blanche donnée à l’armée.

Au même moment, on pouvait d’ailleurs voir des colonnes de blindés ainsi que des unités venues de l’intérieur d’Israël prendre position le long de la bande de Gaza. Cela, alors que la commission de la Défense de la Knesset venait d’autoriser le gouvernement à mobiliser 6.700 réservistes et que les partis politiques interrompaient leur campagne en vue des élections législatives du 10 février prochain.

Entre deux alertes aux tirs de roquettes, les habitants de Sderot qui osaient s’aventurer dans le centre de leur ville se félicitaient du tour que prenaient les événements : « Nous avons eu tort de critiquer Barak car il préparait son affaire en secret. Il nous a surpris en bien, pourvu qu’il continue », estimait ainsi Simon Amar, un retraité d’origine marocaine qui se déclare « prêt à voter travailliste aux prochaines élections ».

Dans une interview diffusée par radio Al Quds, le « Premier ministre » de Gaza Ismaïl Haniyeh a déclaré que « le peuple palestinien ne hissera pas le drapeau blanc même si le sang coule dans la rue ». Quant à Khaled Meshaal, le leader de la branche politique du Hamas basé à Damas, il a appelé au déclenchement d’une troisième intifada et à la reprise des attentats suicides.

Or, pour l’heure, le Hamas semble assommé par le coup de massue israélien et il a du mal à riposter. Certes, depuis le déclenchement de « Plomb durci », une centaine de roquettes Kassam et Grad ont été tirées sur le sud de l’Etat hébreu. Certaines se sont d’ailleurs abattues sur le centre d’Ashkelon et dans la banlieue d’Ashdod, un port situé à 30 kilomètres de Tel-Aviv. Mais dans l’ensemble, la réaction de l’organisation islamiste est moins massive que ce que prévoyaient les renseignements israéliens.

A titre de précaution, les centres urbains israéliens situés à portée de roquette ont toutefois été placés sous administration militaire et leurs vacances scolaires de fin d’année prolongées jusqu’à une date indéterminée. Les principaux centres commerciaux d’Ashkelon ont été fermés sur ordre de la Défense passive.

De leur côté, les Arabes israéliens ont proclamé une grève générale de soutien avec la bande de Gaza. Des manifestations spontanées et parfois violentes ont eu lieu à Nazareth et à Sakhnin, à Jaffa, à Oum el Fahem, ainsi que dans les villages bédouins du Neguev. Par crainte d’un embrasement, la police israélienne a été placée en état d’alerte maximal. Elle a interdit les réunions publiques ou sportives dans les villes et villages arabes.

A Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville), des centaines de jeunes ont également attaqué des policiers à coups de pierres et brûlé des poubelles. En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne organise des collectes de sang et les manifestations se multiplient à Ramallah, à Naplouse, à Hébron et à Jénine. D’autres démonstrations ont eu lieu dans l’ensemble du monde arabe et elles semblent devoir s’amplifier si l’on en croit les images diffusées par les chaînes de télévision satellitaires de la région.

DUMONT,SERGE

 LE PORTFOLIO : La bande de Gaza bombardée

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