Leï Clijsters a perdu son dernier combat

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Décès L’ancien Diable rouge s’est éteint à 52 ans

Tour à tour anonyme, international et même Soulier d’or, le Limbourgeois fut un joueur de grand format.

Leo Clijsters est décédé dimanche en début d’après-midi, des suites d’un cancer des poumons, à l’âge de 52 ans. Malade depuis une longue année, l’ancien Diable rouge s’est éteint « entouré de l’affection des siens » précise un communiqué diffusé par la famille qui insiste pour le respect de la vie privée de ses filles, Kim et Elke. La crémation se fera donc dans l’intimité.

Parti sur la pointe des pieds, Leo Clijsters, Leï pour les intimes, laissera le souvenir d’un footballeur professionnel de grand format, coulé dans le moule de la rigueur, de la discipline, de l’intelligence et de l’altruisme, autant de vertus cardinales qui, dans les années d’or, permirent au football belge de briller de mille feux sur la scène internationale. Ses plus beaux moments, ce Limbourgeois bon teint les connut au FC Malinois, au contact de feu John Cordier, un président qu’il tenait en haute estime et qui avait trouvé les mots justes pour le convaincre de rejoindre, au seuil de leur fabuleuse ascension, les Sang et Or.

Discret mais toujours disponible, Clijsters apporta une contribution exemplaire aux succès remportés, sur tous les fronts, par les Anversois. Pièce maîtresse sur l’échiquier d’Aad de Mos, ce libero d’attaque remporta avec Malines une Coupe de Belgique, un titre national, une Coupe des Coupes mais chaussa aussi le Soulier d’or entre deux sacres de son ami et équipier Michel Preud’homme. Lors de ce couronnement, en 1989, Clijsters, d’un naturel taciturne et fort peu réceptif aux ovations savoura exceptionnellement ce moment d’intense bonheur, déclarant à l’heure de recevoir son trophée qu’« un défenseur doit être beaucoup plus brillant qu’un attaquant pour conquérir ce trophée ». A 33 ans, Leï recevait ainsi l’hommage des spécialistes ayant découvert, sur le tard, sa silhouette trapue qui, en son temps, nous l’avait fait comparer au bouledogue des défenses.

Il est vrai que ce garçon originaire d’Opitter avait lui-même mis longtemps à trouver sa voie. Ce fut à 26 ans seulement qu’il se décida à franchir le pas du professionnalisme en optant pour le FC Brugeois où, en bisbille avec le rugueux Ernst Happel, il ne trouva jamais son bonheur. Cet échec, il le porta comme une croix tout au long de sa quête de l’éden.

Plus pénible fut le retour à la réalité, plus exaltant fut le renouveau. Après s’être refait une santé sur ses terres, au Patro Eisden puis à Tongres, il participa, avec Waterschei, à la flamboyante campagne de Coupe d’Europe au cours de laquelle les Thorians éliminèrent, à la cravache, le Paris-Saint-Germain qui avait eu l’outrecuidance de prendre son adversaire par-dessus la jambe.

Endurci par ses déboires en Venise du Nord, Clijsters débarqua ensuite à Malines alors qu’il avait déjà fait son trou en équipe nationale où Guy Thys, l’heureux homme, était confronté à une abondance de biens. Alors qu’à la Coupe du monde mexicaine, il avait été considéré comme la cinquième roue de la charrette, il réussit, en dépit de la concurrence exercée, dans l’axe, par Grün, Albert et Demol à forcer le respect du sélectionneur et à entamer avec brio, au poste de titulaire, le Mondial italien de 1990 où les Diables flirtèrent avec le sublime.

Mais au lendemain de l’élimination face à l’Angleterre, le Limbourgeois, qui allait finir sa carrière de joueur à Liège avant de se hasarder, sans grand succès, dans la carrière d’entraîneur, manifesta sa volonté, après avoir endossé la vareuse tricolore à 40 reprises, de tirer définitivement sa révérence en équipe nationale.

Six ans plus tôt, il avait surmonté une épreuve bien plus dramatique que sa mésaventure brugeoise. Ses ennuis de santé avaient commencé par l’apparition d’une verrue de petite taille sur le front. Son médecin saisit sur-le-champ la gravité du problème – une tumeur cancéreuse à la tête – en lui annonçant sans ménagement… qu’il lui restait deux mois à vivre. Une opération de la dernière chance fut tentée en urgence, puis une deuxième. Clijsters, plus obstiné qu’un mulet de montagne, finit par vaincre le mal et obtint de l’existence le droit de jouer les prolongations.

Pour connaître l’ascension fulgurante, au firmament du tennis mondial, de la plus douée de ses deux filles. Et la joie, incomparable, d’être grand-père. Jusqu’au jour où…

DONNAY,JEAN-LOUIS
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