« Les Français n’en peuvent plus »

Le visiteur du Soir François Bayrou

Le président du MoDem est en campagne européenne. Mais, de passage à Bruxelles, il ne cache pas son plaisir d’être surtout au cœur du débat français.

En bras de chemise et tout sourire. Et pas seulement parce qu’il fêtait ce lundi son cinquante-huitième anniversaire… François Bayrou, venu soutenir Gérard Deprez dans la campagne européenne, a pris plaisir à se poser hier dans la rédaction du Soir pour y commenter l’actualité. « C’est le seul journal qui ne soit pas français que je lis tous les jours ! », flatte-t-il d’ailleurs.

Il aime cette Belgique où vit son fils, « ce pays, dit-il, où les gens sont plus simples que dans le mien ». Un éloge de circonstance ? Pas seulement. Car le président du MoDem connaît manifestement le plat pays au point d’avoir un avis sur tout. « J’étais pour les Rouges », nous a-t-il même lancé, en guise de scoop facétieux.

Mais si François Bayrou est sur un nuage, c’est surtout parce que dans cette campagne européenne atone, il a réussi à créer l’événement. On l’attaque de toutes parts ? « C’est que ça marche ! », sourit-il, sans prétendre se poser le moins du monde en victime. Et d’expliquer que Guy Verhofstadt, dont il défend la candidature à la tête de la Commission européenne (lire ci-dessous) lui a fait il y a dix jours ce compliment lors d’un meeting à Montpellier : « On dirait qu’en France, il y a un programme commun : taper sur Bayrou ! »

Son livre, Abus de pouvoir (Plon) s’arrache en librairie. Un ouvrage écrit sans l’aide de quiconque, glisse-t-il. Visez les autres… Un magistral coup politique, surtout. Avec cette charge violente contre la France de Nicolas Sarkozy, le troisième homme de la dernière présidentielle grimpe dans les sondages et oblige ses adversaires à se positionner par rapport à lui. L’ambitieux ose cette formule : « Archimède disait : “Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde“ ».

Qu’on arrête de lui dire qu’il a servi des gouvernements de droite. « C’était il y a quinze ans. J’ai changé », revendique-t-il, usant curieusement de cette même phrase que martelait Nicolas Sarkozy lors de la dernière présidentielle. « Dans la vie, on a le droit d’apprendre. J’ai été naïf, j’en suis revenu à mes fondamentaux. Le centre ne peut avoir de raison d’être que s’il est indépendant. »

Mais s’il assure avoir changé, François Bayrou revendique toujours les valeurs qui ont forgé son engagement politique. « Le modèle individualiste et inégalitaire s’est effondré sous nos yeux, produisant des centaines de millions de chômeurs, dit-il. Je suis pour un modèle plus solidaire. » Un discours social-démocrate ? « Non, car à la différence des socialistes, je pense que le temps où l’on croyait que l’Etat pouvait résoudre tous nos problèmes est derrière nous. »

C’est au nom de ces mêmes valeurs qu’il alimente son réquisitoire contre la France actuelle. « La Constitution consacre la démocratie, la laïcité, et le modèle social. Or que voit-on ? Chaque jour, ces principes sont mis en cause. Ce qui s’est passé en Belgique, lorsque le gouvernement est tombé après un coup de fil passé par le Premier ministre à un juge, serait inconcevable dans la France d’aujourd’hui. Cela suppose des vertus de séparation des pouvoirs que nous ne connaissons plus. Chez nous, l’empiétement est quotidien avec une mainmise spectaculaire du pouvoir sur les médias. La laïcité aussi est mise à mal. Et c’est un chrétien catholique pratiquant qui vous parle. Quant à la politique sociale, que devient-elle quand on fait une réforme fiscale qui favorise les riches ? »

Le discours du prétendant au titre de meilleur opposant est rodé. « Les Français n’en peuvent plus. Le jour venu, ils vont se poser de manière irrésistible la question de l’alternance », dit-il. Et ce jour-là, le fils de paysan, qui n’hésitait pas autrefois à faire campagne en tracteur, espère bien sûr moissonner la récolte. « Mon idée, c’est qu’au point d’urgence et de gravité que nous avons atteint, il faudra associer des sensibilités différentes : des démocrates, des socialistes, des gaullistes. » Comme au lendemain de la guerre, lâche-t-il même, avant de se reprendre, conscient que le parallèle historique est tout de même exagéré.

On devine aisément son dessein : se hisser au second tour de la présidentielle de 2012 et espérer obliger ensuite le parti socialiste et les antisarkozystes de droite comme Dominique de Villepin à manger dans sa main.

« Je ne fais pas de scénario », prétend-il. Voire. Les européennes du 7 juin ne sont, de toute évidence, qu’une étape vers l’autre route qu’il s’est tracée. Celle qui conduit à l’Elysée.

BOURTON,WILLIAM,MESKENS,JOELLE
Cette entrée a été publiée dans Action Soir, Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.