La déflation nous menace

Economie Pour la première fois depuis 1960, l’inflation devient négative

La Belgique n’avait plus connu une telle situation depuis 49 ans : l’économie est officiellement entrée en déflation. Le prix du « panier de la ménagère » qui sert chaque mois à calculer le taux d’inflation dans le pays est passé sous la barre des 0 % durant le mois de mai. Un recul minime et prévisible de – 0,37 % par rapport à mai 2008 mais ô combien symbolique. On est très loin de la situation de juillet dernier lorsque l’inflation frôlait les 6 %.

1Faut-il être inquiet ?

Les économistes sont rassurants. Ils préfèrent d’ailleurs pour l’instant parler d’inflation négative plutôt que de déflation même si, techniquement, c’est le terme exact. Pourquoi cette précaution oratoire ? « Parce que la déflation, c’est une baisse généralisée (et de longue durée) des prix, explique Philippe Ledent, économiste chez ING. Ce n’est pas le cas ici. On observe une grande hétérogénéité dans l’évolution des prix. Bien sûr, les prix des produits pétroliers se sont effondrés par rapport à l’année dernière. C’est ce qui explique en grande partie la chute de l’inflation ces derniers mois et les chiffres négatifs d’aujourd’hui. Mais à côté, d’autres composants du panier de la ménagère continuent à s’apprécier. Exemple ? Les services (+ 3,35 %) ou les produits alimentaires (+ 1,3 %) ».

Ivan Van de Cloot, économiste au cercle de réflexion Itinera Institute, reste néanmoins prudent. « Ce passage de l’inflation sous la barre des 0 % n’aurait rien eu d’inquiétant si nous vivions dans une période normale. Mais vu la crise systématique que nous connaissons et le crash du système financier, cela doit nous inciter à la plus grande vigilance. Malgré la baisse des taux d’intérêt, on constate que l’économie ne reprend pas. Pourquoi ? Parce que le secteur bancaire est paralysé et ne joue plus son rôle de courroie de transmission entre la politique monétaire des banques centrales et l’économie réelle. Maintenant que les taux d’intérêt sont à 0 % aux Etats-Unis et quasiment à ce niveau-là aussi en Europe, les pouvoirs publics n’ont plus d’arme monétaire pour lutter contre la déflation. On ne sait pas aller plus bas. Il est beaucoup plus facile de lutter contre l’inflation : il suffit de hausser les taux ». Que va-t-il se passer dans les mois à venir ? Personne ne s’avance à le prédire. Deux scénarios coexistent. Un optimiste et un pessimiste.

2Le scénario optimiste : trois mois de déflation

Si la déflation est essentiellement provoquée par la chute du prix des produits pétroliers, elle ne devrait guère se maintenir au-delà de l’été, pronostiquent les économistes. C’est en effet en juin et en juillet de l’année dernière que les prix du baril du pétrole ont atteint leurs sommets et que l’effet de comparaison des prix est donc le plus défavorable. En septembre, l’effet pétrole disparaîtra et l’inflation reprendra, même si cela sera sans doute, vu le contexte économique, à un rythme très faible.

3Le scénario pessimiste : à la japonaise

Si la déflation persiste au-delà de septembre, on devra en conclure que la source de celle-ci n’est plus le pétrole. Et que les baisses de prix se sont propagées dans toute l’économie. Comment en arrive-t-on à ce scénario catastrophe, jugé aujourd’hui peu probable ? Par l’anticipation. Le plus grand risque est en effet de voir les acteurs économiques se mettre à anticiper les baisses de prix en modifiant leurs comportements. Les consommateurs pourraient décider de reporter leurs achats en attendant des baisses de prix. Ce faisant, ils mettent en difficulté les entreprises qui réduisent leurs investissements et baissent leurs prix pour essayer d’écouler leur production. Cette baisse de prix conforte le consommateur dans son analyse, ce qui l’incite à reporter une nouvelle fois son achat et ainsi de suite…

On en arrive à une économie nécrosée où tous les prix partent en vrille : les produits de consommation mais aussi les salaires et les actifs comme l’immobilier, les actions… Vu ces baisses à répétition, les dettes commencent quant à elles à peser de plus en plus lourd. Il est extrêmement difficile de s’extraire de cette spirale infernale. Les Japonais peuvent en témoigner, eux qui connaissent cette situation depuis 20 ans. À bien des égards, la déflation peut être beaucoup plus dévastatrice que l’inflation.

MUNSTER,JEAN-FRANCOIS
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