La BD belge débarque sur iPhone

Technologie Première série à succès du Lombard disponible sur GSM

Au Japon ou en Corée, le téléphone mobile est devenu le premier moteur de croissance des marchés du manga et du manhwa. En Europe, où l’album de bande dessinée reste majoritairement un produit de luxe cartonné, l’effet de collection décourageait jusqu’ici les éditeurs d’oser le grand bond en avant numérique.

SFR a testé Lucky Luke sur un échantillon de mille abonnés en France. En avril 2009, Soleil a offert de tâter l’humour de ses Blondes au prix de six gaffes pour 1,59 euro. D’autres gags en série comme ceux de Louna ont tenté de dérider les iPhone ou les Blackberry de l’Hexagone. Mais aucun héros clé du box-office ne s’était jamais lancé sans retenue dans le monde dématérialisé de l’iBD. Les auteurs se montrent pour la plupart réticents à l’idée de voir brader leur fonds dans les GSM.

Deux Belges, le scénariste Stephen Desberg et le dessinateur Bernard Vrancken, pères de la série à succès I.R.S., sont les premiers à relever le gant. À l’occasion de la parution du onzième album d’I.R.S., Le chemin de Gloria, et de la première spin-off, Antonia, la série envahit les écrans de l’iPhone. La société parisienne Anuman Interactive, rachetée par Média-Participations, le géant français de la BD, propriétaire de Dargaud, Lombard, Dupuis et Kana, a adapté le tome 1 d’I.R.S., La voie fiscale. Tous les autres vont suivre, nous explique Franck Berrois, chef de produit.

« Nous visons clairement le grand public et l’adaptation peut être lue avec la même facilité qu’un album papier. L’utilisateur a le choix d’un rythme de lecture libre, où il peut zoomer et dézoomer dans la page, ou d’un mode codé-scénarisé de lecture automatique avec des travellings qui suivent le mouvement des yeux. Il s’agit d’offrir un maximum de confort visuel et de lisibilité. Nous voulons mettre à disposition l’ensemble de la série. C’est clairement un plus, à une époque où les librairies ne parviennent plus à stocker l’ensemble du catalogue à cause de la surproduction sur le marché de la BD. »

Pour pouvoir lire cette iBD, il faut posséder un iPhone ou un iPod Touch. Un album de 48 pages pèse à peine 43 mégas de mémoire, ce qui permettra de stocker facilement la série complète d’I.R.S., même dans l’iPhone ou l’iPod Touch le moins puissant (8 gigas). « Nous avons privilégié l’Ipod et l’Ipod Touch en raison de l’excellente définition de leur écran, un élément important pour le plaisir de lecture qui facilite aussi notre travail d’adaptation. Nous n’ajoutons ni voix ni son dans les iBD pour éviter les options trop complexes, dévoreuses de mémoire et trop coûteuses à commercialiser. Mais on donnera accès à des biographies des auteurs, des fiches de personnages, des illustrations préparatoires… »

L’ambition de Média-Participations est d’offrir 20 à 30 titres de bande dessinées en téléchargement sur iTunes d’ici à la fin du mois de septembre. À la série I.R.S. s’ajouteront notamment des albums de gags de Nelson, le diablotin suisse de Bertschy.

« Le plus difficile, c’est de convaincre les auteurs dont la majorité demeurent très frileux devant le phénomène de l’iBD. Les nouveaux supports font toujours peur. Desberg et Vrancken se sont montrés extrêmement ouverts et nous espérons que cet exemple permettra d’en convaincre d’autres. À plus long terme, nous pensons aussi à développer des aventures spécifiques pour iPhone ».

« Je voulais être lu dans le métro et dans le train »

entretien

Créateur de la série I.R.S., un thriller politico-financier dessiné par Bernard Vrancken, Stephen Desberg est le premier auteur du catalogue du Lombard disponible sur iTunes. Ce n’est pas un hasard. Desberg a toujours le regard tourné vers l’avenir. Il mène la création sur tous les fronts, profite de la sortie du nouvel album d’I.R.S. pour expérimenter l’iBD et créer une spin-off, I.R.S. all watcher, dont les sept tomes confiés à un team de quatre dessinateurs paraîtront en deux ans.

Prise de risque maximum ? Le scénariste croit comme son agent de l’I.R.S. (le fisc américain) à l’interaction des marchés.

Vous croyez dans la bande dessinée à télécharger ?

Si la lecture est naturelle, que les enchaînements fonctionnent et et que la manipulation est facile, la diffusion pourrait suivre. J’ai dit oui parce que je voulais être lu dans le métro ou dans le train et qu’il n’est pas facile d’emporter un album de BD dans sa poche ou son sac à main.

Vous participez à l’adaptation virtuelle des albums ?

Non. Ils utilisent les histoires existantes. Je reste toutefois un peu sceptique sur la dynamique. Spontanément, j’aurais aimé les voir aller plus loin dans la création de ces versions virtuelles, en ajoutant une bande sonore, par exemple. J’avais sans doute en tête les festivals de bande dessinée de ma jeunesse avec les fondus-enchaînés de diapositives sur fond musical ! Je pense qu’il faudra en arriver à des montages de cases plus sophistiqués, comme s’il y avait un véritable réalisateur. Mais je suis content d’être le premier auteur du catalogue Lombard disponible sur iTunes.

Le héros d’I.R.S., Larry B. Max, est un chevalier blanc du fisc américain. Il utilise à fond les moyens de communication modernes. Il est bien à sa place dans un iPhone ?

Au départ de la série, Larry B. Max est préoccupé uniquement de ses missions. Sa seule relation sentimentale passe par le téléphone qui le connecte à Gloria. Il vit dans une profonde misère affective. Le lecteur découvrira peu à peu ce qui le connecte à cette fille. J’aime jouer de la contradiction à l’intérieur des personnages. Larry s’est engagé dans l’I.R.S. après avoir découvert la corruption de son propre père. Son boulot est comme une sorte de mission sacrée contre la criminalité financière. Mais peut-être a-t-il mal interprété les choses ? Je n’aime pas les scénarios consensuels. La BD est souvent un genre codé avec des héros monolithiques. Dans ses premiers albums, Larry B. Max a été critiqué pour être un personnage froid. Mais il faut lui laisser la liberté de se construire. Je l’ai codé pour pouvoir aller plus loin et mieux surprendre le lecteur ensuite. Qui sait s’il ne va pas quitter l’I.R.S et se lancer en politique demain ?

I.R.S., Le chemin de Gloria, 48 p., 10,40 euros et I.R.S. all watcher, Antonia, 48 p., 10,40 euros

il a dit

« Nous voulons toucher le plus grand nombre de lecteurs. Le meilleur moyen d’y parvenir est de proposer des séries complètes avec l’intégrale des titres disponibles, plutôt que des albums épars. L’iPhone deviendra ainsi le moyen le plus simple de disposer de l’ensemble d’une saga de bande dessinée. »

albums portables

L’Incal de Mœbius

La saga de l’affrontement ultime entre le bien et le mal, scénarisée par Alejandro Jodorowsky et dessinée par Mœbius, a bouleversé l’image de la BD de science-fiction. Ave ! Comics l’adapte aux téléphones portables de type iPhone, HTC, Blackberry, Nokia, Sony Ericsson pour les Humanoïdes Associés. Les aventures post-atomiques des Rat’s du Belge Ptiluc et les fables d’Henriette de Dupuy et Berberian sont aussi en projet. Infos : www.ave-comics.com

Le mariage de Rahan

Déjà disponible sur internet, Le mariage de Rahan, fils de la préhistoire, sera fin juin sur les téléphones portables, avec 19 autres titres dont dix parus dans Pif Gadget. Infos : http://foolstrip.com

COUVREUR,DANIEL
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