Ali Bongo, vainqueur contesté

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Gabon La France est prise pour cible par des électeurs frustrés

ANALYSE

La proclamation, ce jeudi, de la victoire d’Ali Bongo à l’issue des élections présidentielles au Gabon ne représente pas une surprise. Pour plusieurs raisons. Le fils de l’ancien président, mort en juin dernier après 42 ans de règne, partait d’emblée largement favori, renforcé par son poste de ministre de la Défense, dont il avait démissionné à la veille du scrutin en gardant les relais nécessaires au sein de l’institution. De surcroît – surtout ? –, aux yeux de tous les Gabonais, il était le candidat favori de la France. Même si Bernard Kouchner, dans l’incrédulité générale, avait assuré que Paris n’avait pas de préférence particulière…

Le fait que ses deux principaux rivaux, André Mba Obame et Pierre Mamboundu aient proclamé leur victoire avant même le décompte final n’était pas une surprise non plus : dans ce pays privé de toute alternance pendant plus de 4 décennies, tous les candidats, qu’ils aient émargé au pouvoir ou se réclament de l’opposition, manquent singulièrement de pratique démocratique et l’on pouvait s’attendre à la contestation, quel que soit le résultat…

La surprise en fait est venue d’ailleurs : de ce peuple gabonais volontiers présenté comme paisible, sinon apathique. Il n’y a pas si longtemps, on assurait un peu vite qu’il acceptait sans rechigner le règne paternel d’un Omar Bongo car ce dernier, à défaut de restituer la manne pétrolière, garantissait au moins une stabilité enviable au pays. A la veille du scrutin déjà, il était apparu que les Gabonais étaient lassés par quatre décennies de règne, qu’ils aspiraient au changement, au respect de leurs droits démocratiques. Le calme, le sérieux, voire la ferveur dont les électeurs avaient fait preuve avaient impressionné tous les observateurs. Dès l’annonce de l’issue du scrutin, les Gabonais ont démontré qu’ils n’étaient pas prêts à accepter des résultats jugés contestables. Deux points en effet cristallisent le mécontentement : l’opposition estime que les listes électorales ont été gonflées et elle met en avant des irrégularités dans la validation des résultats, des PV contestables ayant été émis.

Les violences qui ont suivi la proclamation des résultats ouvrent une crise majeure, pour le Gabon mais aussi pour la France. En effet, quelles que soient les responsabilités de l’ancienne métropole dans la désignation d’Ali Bongo, qualifiée d’ores et déjà de « hold up électoral », c’est la France, trop longtemps omniprésente au Gabon, qui apparaît comme le bouc émissaire. Consulat incendié à Port Gentil, ressortissants pris à partie, une nouvelle crise s’ouvre au sein de la « Françafrique » déjà si contestée. Paradoxalement, la France est aujourd’hui dénoncée tant par les opposants qui crient au truquage que par l’aile dure du clan Bongo qui n’a pas oublié que le vieux dictateur avait préféré terminer sa vie dans une clinique espagnole, ulcéré qu’il était par les procédures visant les biens qu’il détenait en France et que la justice considérait comme « mal acquis »… Quant au Gabon, il entre dans une période d’instabilité dangereuse à l’heure où la rente pétrolière diminue.

Omar Bongo, qui avait le sens de la formule, assurait volontiers que « sans la France, le Gabon est une voiture sans chauffeur, mais que sans le Gabon, la France est une voiture sans carburant ». Aujourd’hui le chauffeur est honni et le pétrole se raréfie…

L’ŒIL DE PARIS

La France, prise à partie par certains manifestants, suit minute par minute les événements en cours dans son « pré-carré » gabonais. « La France appelle au calme et au respect des institutions jusqu’au bout. S’il doit y avoir des contestations, il faut que ça se fasse devant les institutions qui sont prévues pour ça », a précisé le secrétaire d’Etat à la coopération, Alain Joyandet, qui a également « recommandé aux Français sur place de rester chez eux ».

Le Quai d’Orsay a précisé que 70 à 80 militaires français avaient été « sollicités », lors des incidents qui se sont produits à Port-Gentil, 2e ville du pays, où le consulat de France a été incendié. Alain Joyandet y a signalé d’autres incidents : « Il y a eu quelques éléments qui, semble-t-il, se sont manifestés contre les installations de Total et de Schlumberger ».

Paris dispose d’une base militaire au Gabon, avec un millier d’hommes. Environ 10.000 ressortissants français sont établis dans le pays. (afp)

BRAECKMAN,COLETTE,AFP
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