Messier fait profil bas

France Un ex-patron flamboyant

PARIS

De notre envoyée permanente

A son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, mercredi, il n’a fait aucun commentaire. Fini le temps où il cherchait la lumière. Et loin aussi déjà celui où il distillait encore l’an passé ses leçons sur la crise économique après la publication de son livre Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête (Seuil).

Huit ans après son départ mouvementé de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier affronte l’heure des comptes. Aux côtés de six autres prévenus, il comparaît jusqu’au 25 juin pour communication trompeuse sur les comptes de la société, manipulation de cours et abus de biens sociaux. « Est-ce que nous avons commis des erreurs ? Oui, et comme président, je les assume », a-t-il concédé devant le tribunal. Il confesse même une part d’arrogance. Un virage ? Pas à 180 degrés, en tout cas. Car il persiste à dire que ses choix stratégiques étaient les bons et charge le conseil d’administration. « Il ne fonctionnait pas bien, des clans se confrontaient. »

Les petits actionnaires réclament 10 millions d’euros de dommages et intérêts. Au cœur du procès : les méthodes utilisées par J2M pour transformer la vieille compagnie Générale des Eaux en empire éphémère de la communication et surtout pour dissimuler son échec quand le vent s’est mis à tourner.

Lorsque sa société plonge dans le rouge, au début des années 2000, Messier prend bien soin de le cacher. Les pertes atteignent jusqu’à 35 milliards d’euros. Mais le flamboyant patron se plaît à répéter que tout va bien. Plus dure est la chute. A l’été 2002, Messier doit quitter la maison. Les applaudissements du personnel se mêlent alors aux huées. Symbole des passions déchaînées par l’ancien patron qui menait grand train tout en se laissant photographier avec des chaussettes trouées. Jean-Marie Messier quitte sa société avec un parachute doré de vingt millions d’euros. Il y renoncera finalement un an plus tard.

Poursuivi pour les mêmes faits aux Etats-Unis, Jean-Marie Messier a été acquitté cet hiver. Seul Vivendi Universal a été condamné à la suite d’une procédure collective (« class action »). Outre-Atlantique, l’homme et la société faisaient cause commune. Cette fois, Vivendi est partie civile contre son ancien patron.

Théoriquement, il risque jusqu’à cinq ans de prison et 375.000 euros d’amende. Mais selon son avocat, comme aux Etats-Unis, Jean-Marie Messier mise sur une relaxe. Il est vrai que le parquet lui-même (dont les liens avec le monde politique sont souvent dénoncés) ne souhaitait pas son renvoi devant le tribunal. A 53 ans, il dirige désormais « Messier partners », sa société de conseils financiers. J2M, conseiller d’Edouard Balladur dans une vie antérieure et que l’on dit proche de Nicolas Sarkozy, garde aussi une certaine influence politique.

MESKENS,JOELLE
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