Climat : le cap à suivre a été fixé… il reste à tracer la route

Environnement La conférence de l’ONU sur le climat s’est terminée vendredi avec l’adoption d’un accord qui ne règle pas tout, mais relance les négociations mondiales

CANCÚN a rappelé que le climat est la première question à solidarité obligatoire de l’histoire humaine : les pertes seront collectives, les bénéfices seront partagés. © AFP PHOTO/Ronaldo Schemidt

L’affaire tient en deux documents. Le contenu : des choses connues mais désormais coulées dans un texte onusien. Des choses neuves, arrachées de haute lutte. Des éléments volontairement vagues. Et… beaucoup de travail à abattre pour arriver, à Durban (Afrique du Sud), fin 2011, à un document finalisé et vraiment ambitieux.

Objectif : deux degrés. La référence figurait dans l’accord de Copenhague. Cancún la confirme, la précise et l’approfondit. Le monde se donne pour objectif de limiter la hausse de la température globale à 2º par rapport à l’ère préindustrielle. A l’occasion d’une révision de cet objectif avant 2015, on envisagera de le durcir en le portant à 1,5º.

Les réductions d’émissions. Pour limiter la hausse de la température à 2º, disent les scientifiques, il faut que la concentration en CO2 dans l’atmosphère soit limitée à 450 ppm (parts par million). Les émissions de gaz à effet de serre devraient plafonner vers 2015. La trajectoire des émissions mondiales « devrait atteindre un pic le plus rapidement possible », dit le texte de Cancún, sans préciser quand. Faiblesse. Lors du prochain sommet à Durban, on étudiera l’établissement d’un objectif global de réduction pour 2050, cible qui reste encore floue. En tout cas, il faut des « réductions d’émissions profondes », dit l’accord. Et les pays industrialisés en feront plus que les pays pauvres où « le développement économique et social est la priorité majeure ». L’effort des pays riches se situera dans une fourchette de 25 à 40 % des émissions en 2020 par rapport à 1990. Pour l’instant, on n’y est pas. Les engagements de réductions pris à Copenhague ne permettent pas de rester sous les 2º. Sans dire qu’elles sont insuffisantes, Cancún invite les pays industrialisés à « élever le niveau de leurs ambitions ». Purement indicatifs et volontaires à Copenhague, les engagements des pays riches et des pays en développement

figurent désormais dans le libellé de Cancún, ce qui leur donne plus de valeur.

Une seconde vie pour Kyoto. Le protocole de Kyoto vient à échéance en 2012. Il faut le poursuivre pour garantir la stabilité des marchés du carbone et pour approfondir les engagements de réduction des pays industrialisés (moins les USA), seuls concernés par le texte contraignant. La prolongation du protocole n’est pas décidée noir sur blanc : elle aura lieu « le plus rapidement possible ». Quand ? « à temps pour assurer qu’il n’y ait pas de vide entre les première et deuxième périodes d’engagement ». Les références à une 2e période d’engagement permettent d’envisager une vraie pérennisation de Kyoto. Une manière d’accommoder Russie et Japon qui renâclent à prolonger sans un effort des pays en développement.

La vérification des engagements. Pas d’engagement sérieux de réduction sans possibilité de vérification. L’accord confirme le système de contrôle et vérification appliqué aux pays riches. Et un système plus léger pour les pays en développement. Les moins avancés feront rapport tous les 4 ans. Les plus développés tous les 2 ans. Ce système de rapport sera accompagné d’« analyse et de consultations internationales » menées « de manière non intrusive, non punitive et en respectant la souveraineté nationale ». Voilà pour rassurer les Chinois… Et de quoi permettre aux USA et à l’Europe d’affirmer qu’ils ont eu gain de cause.

Un Fonds vert. Le Fonds vert pour le climat est « établi ». Il reste sous la coupole de l’ONU, demande des pays en développement qui occuperont, au conseil d’administration, autant de sièges que les pays industrialisés.

Pendant une période d’au moins trois ans, son « agent » ad interim sera la Banque mondiale, une demande des Américains…

Avec quel argent ? Ce n’est pas encore clair. Cancún mentionne l’engagement des pays industrialisés d’octroyer aux pays en développement 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Et indique qu’une « part significative » des financements multilatéraux pour l’adaptation des pays en développement ira dans le Fonds vert.

Les nouvelles ressources ? Le rapport des Nations unies qui étudie de nouvelles pistes (taxe sur les opérations boursières, taxe sur le kérosène…) est mentionné pour mémoire. La plupart de ses propositions ont rencontré de franches hostilités.

Sauver les forêts. La proposition européenne de limiter la déforestation à 50 % en 2020, et à la stopper complètement en 2030 ne se retrouve pas dans la décision qui devra encore être précisée. Tous les pays « agiront collectivement pour ralentir, arrêter et renverser » la perte de forêts, responsable de 20 % des émissions de CO2. Les pays en développement pourront obtenir des financements bilatéraux ou multilatéraux pour des projets visant à réduire la déforestation. Ces projets devront respecter les droits des peuples indigènes et la biodiversité forestière.

DE MUELENAERE,MICHEL
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