Rwanda Des responsables du génocide condamnés à Arusha

Paras : 20 ans pour les tueurs

AUGUSTIN BIZIMUNGU : un verdict dont s’est aussitôt félicité Kigali. © AFP.

Dix-sept ans après le génocide rwandais, la justice internationale continue à progresser, à son rythme tranquille. Quatre responsables militaires rwandais viennent, lors du procès dit « Militaire II », d’être condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui siège à Arusha, en Tanzanie.

Augustin Bizimungu a été condamné à 30 ans de réclusion pour son implication directe et sa responsabilité hiérarchique dans le génocide de 1994 : il avait été nommé chef d’état-major de l’armée rwandaise le 16 avril, après la mort de son prédécesseur dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana.

L’ex-général Augustin Ndindiliyimana, qui était en 1994 chef d’état-major de la gendarmerie rwandaise, n’a de son côté été condamné qu’à une peine couvrant sa période de détention provisoire, et donc libéré, les juges estimant qu’il n’avait qu’une autorité limitée sur la gendarmerie après le 6 avril 1994 et qu’il s’était opposé aux massacres, soutenant une résolution pacifique du conflit.

Les deux autres accusés, le major François-Xavier Nzuwonemeye et le capitaine Innocent Sagahutu, ont par ailleurs été condamnés à 20 ans de prison pour leur implication directe dans l’assassinat du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana et des dix Casques bleus belges chargés de la protéger, dans la nuit du 6 au 7 avril. Les juges ont conclu que les deux hommes avaient « ordonné » à une unité blindée d’aller tuer « Mme Agathe » et qu’ils n’avaient pris aucune mesure pour punir les éléments de leur bataillon ayant participé à la mise à mort des soldats belges.

Apprenant la nouvelle, Martine Debatty, la sœur du caporal Alain Debatty, assassiné au Rwanda avec les 9 autres paras belges en 1994, réagit positivement : « Certes, le processus est très long, mais justice est rendue. Il a fallu du temps, beaucoup de temps, mais je ne peux que constater que, les uns après les autres, les responsables de la mort de nos dix paras tombent. Avant ceux-ci, il y a eu Bernard Ntuyahaga, condamné en 2007 à 20 ans de prison par la cour d’Assises de Bruxelles pour avoir livré les paras à leurs bourreaux et pour sa participation au génocide ».

Avancées de la justice

« Il y a eu ensuite le colonel Théoneste Bagosora, poursuit Martine Debatty, condamné en 2008 à la prison à vie, qui avait remplacé le ministre de la Défense et est considéré comme le cerveau du génocide. Il y a eu avant la condamnation en 2000 à 12 ans de prison de Georges Ruggiu, qui avait incité à la haine contre les Tutsis mais aussi contre les paras belges. Il y a encore de nombreux responsables, connus et inconnus, mais ces avancées de la justice nous font du bien ».

Pour l’avocat belge Vincent Lurquin, contacté par téléphone à Arusha où il était le défendeur du général Augustin Ndindiliyimana, « le travail réalisé au TPIR est effectivement très lent mais aussi très précieux. Chaque procès dure de 5 à 7 ans, mais grâce à toutes ces enquêtes, on commence à très bien percevoir les responsabilités personnelles dans le génocide et la mort des dix paras. La libération de Ndindiliyimana est la preuve que le tribunal arrive à faire la part des choses de façon nuancée. Montrer que tous les Hutus n’ont pas été des génocidaires est aussi une manière d’œuvrer à la réconciliation, une des fonctions dévolues au TPIR. Ce qui est dommage, c’est que le Tribunal cessera d’exister à la fin de cette année, notamment parce que les Etats-Unis trouvent qu’il coûte trop cher. Il y a encore pourtant de nombreux responsables à juger ».

KIESEL,VERONIQUE
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