Le roi Murdoch sacrifie la reine des tabloïds

LONDRES

De notre correspondant

Rupert Murdoch lance sa contre-attaque. Moins d’une semaine après son arrivée sur le sol britannique, dimanche dernier, le magnat des médias a repris la main.

Après l’annonce mercredi par le vice-président de son groupe américain News Corp de son refus de poursuivre à court terme sa tentative d’acquisition de la totalité de la chaîne de Tv BSkyB, dont il détient 39,1 %, Rebekah Brooks, directrice de sa filiale britannique News International, a annoncé vendredi sa démission.

Entrée il y a 22 ans dans le groupe, alors âgée de 20 ans, la femme forte de l’empire britannique de Rupert Murdoch a expliqué que sa démission lui « donne la liberté et le temps pour donner son entière coopération à la présente et aux futures enquêtes ».

Ce départ vise avant tout pour Rupert Murdoch à se débarrasser d’une alliée certes puissante et propriétaire d’un incroyable carnet d’adresses mais dont la présence était devenue depuis dix jours trop toxique. En cause, surtout, sa connaissance des écoutes illégales de ses collègues journalistes, puis son implication directe dans la poursuite de ces pratiques… Même le Premier Ministre David Cameron, considéré comme l’un de ses amis proches, avait assuré dès la semaine dernière qu’à la place de son patron il « aurait accepté sa démission ».

Une virginité à retrouver

Le ménage opéré, le père Murdoch peut désormais chercher à se retrouver une virginité. A travers le communiqué signé par son fils, président de News International, James Murdoch, il indique ainsi que des pubs seront diffusées « ce week-end dans tous les journaux nationaux. Nous nous excuserons face à la nation pour ce qui est arrivé. Nous poursuivrons avec des communications sur les mesures prises pour répondre aux malversations qui ont eu lieu ». La lettre confirme également la participation mardi prochain du père et du fils au comité d’enquête parlementaire sur les médias, qui les avait conviés à répondre à leurs questions, où ils « parleront de (leur) détermination pour remettre les choses à l’endroit. La société a fait des erreurs. Elle reçoit une attention appropriée mais répondra aussi aux attaques injustes par la mise au point sur ses agissements ».

Mais Rupert Murdoch regarde déjà plus loin, comme le prouve la nomination à la place de Rebekah Brooks de Tom Mockridge, le directeur exécutif de Sky Italia depuis 2003, qui « commencera tout de suite ». Son expérience à la tête des télés européennes du groupe indique d’ailleurs que l’acquisition de BSkyB n’est que momentanément écartée…

Rebekah Brooks saura-t-elle tenir sa langue ?

Le passage devant le comité ne sera pas une simple formalité. Ses membres se sont montrés très durs cette semaine avec les différents responsables de la police en charge de l’enquête sur les écoutes illégales depuis 2005. La retransmission en direct à la télévision de cet événement ne devrait pas les encourager à se montrer plus compréhensifs. Rebekah Brooks, qui sera elle aussi interrogée mardi, l’a bien compris puisqu’elle a précisé que sa démission lui permettra de « se concentrer à corriger les déformations et les affirmations rebutantes à propos de (son) passé de journaliste, directrice de la rédaction et responsable ».

Lors de son précédent passage devant un comité de ce type en 2003, elle avait admis payer des policiers en échange d’informations. Elle n’avait été sauvée que par la vivacité de son collègue Andrew Coulson, alors directeur de la rédaction du tabloïd News Of The World et aujourd’hui formellement impliqué dans le scandale, qui avait « expliqué » que ces prestations étaient « rares ».

Saura-t-elle cette fois-ci résister à la pression ?

DE BOURBON,TRISTAN
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