Berlusconi est sorti par la petite porte

Italie Le président Napolitano a désigné Mario Monti à la tête du gouvernement

Samedi soir à Rome : une explosion de joie populaire pour saluer la démission de Silvio Berlusconi. © ap.

Rome

De notre correspondante

Vous avez vu quelle belle journée ? » C’est par cette petite phrase apparemment anodine – puisque Rome s’est effectivement réveillée, dimanche, sous un soleil printanier – que Mario Monti, chargé de former un nouveau gouvernement, dimanche soir, avait répondu aux multiples questions des journalistes qui l’attendaient, dès le matin, devant l’entrée de l’hôtel Forum, son domicile romain depuis quelques jours.

Au cours de cette « belle journée », c’est un véritable marathon qui a eu lieu au Palais du Quirinal. Le président de la République, Giorgio Napolitano, a voulu terminer ses consultations, avec tous les partis politiques (et ils sont nombreux !) dans la journée. Pour ne pas perdre de temps et pour permettre à Mario Monti de former, au plus tôt, un gouvernement capable de rassurer les marchés et d’« arrêter le massacre ».

Samedi soir, Silvio Berlusconi avait, enfin, présenté sa démission, annoncée et promise depuis mardi dernier. Après le vote du Sénat la veille, la Chambre s’était empressée de voter, à son tour, à une très large majorité (380 voix sur 630) la fameuse loi de stabilité qu’attendait l’UE. Toujours dans cet esprit d’urgence que le président Napolitano a imposé à toute la classe politique italienne, depuis près d’une semaine, étant donné la gravité de la situation…

Silvio Berlusconi avait promis qu’il démissionnerait après ces deux votes ; il a bien dû s’y résoudre, à son corps défendant. Et cela se voyait : le Cavaliere était méconnaissable. On aurait dit un condamné à mort qui s’avançait vers l’échafaud lorsqu’il est entré dans l’hémicycle de Montecitorio pour le vote qui allait probablement signifier la fin des années Berlusconi.

D’ailleurs, il a eu droit à une sorte de cérémonie funèbre célébrée par les siens. Les femmes ministres étaient toutes vêtues de noir, les larmes aux yeux. Silvio Berlusconi s’est incliné, légèrement, tel un acteur qui sort de scène, épuisé, pour répondre aux applaudissements consolateurs de ses fidèles. Il en avait bien besoin. Un peu plus tard, dans la rue, les quelques « Silvio, Silvio » scandés comme dans le bon vieux temps, étaient complètement noyés par les sifflements, les « Buffone ! Buffone ! », « A casa ! A casa ! » (« Rentre à la maison »). Cris de joie et de colère mélangés, comme les musiques qu’allait jouer, dans la soirée, devant le palais du Quirinal, un orchestre improvisé : l’Alléluia de Haendel et le Dies Irae de Mozart, sans oublier l’hymne national, Verdi et Bella Ciao

Il revient…

Déjà, en début d’après midi, une foule de Romains s’était rassemblée devant les divers palazzi, Montecitorio (la Chambre), Chigi (le gouvernement) et Grazioli, la résidence du Cavaliere lorsqu’il n’est pas dans sa villa d’Arcore ou en Sardaigne. En fait, tant que Berlusconi n’avait pas présenté sa démission officiellement, les Romains qui étaient descendus dans la rue dès le début de l’après-midi avaient des doutes. Quel soulagement lorsque sa voiture est enfin apparue, provenant d’une rue où on ne l’attendait pas : le chauffeur avait fait, très prudemment, un énorme détour pour éviter la foule qui, au fil des heures, avait envahi tous les lieux stratégiques de cette journée historique. Lorsqu’un haut-parleur a annoncé la démission de Berlusconi, les bouchons de « spumante » ont sauté et la fête a commencé. Rome était en liesse. Dans une atmosphère qui rappelait beaucoup les fêtes improvisées dans les rues de la capitale les soirs où l’équipe nationale de foot est victorieuse. Il Cavaliere a dû se résoudre à sortir du Quirinal par une porte latérale pour éviter la foule.

Dimanche, Berlusconi a commenté « avec une grande tristesse » ce qui s’est passé la veille, dans une lettre envoyée au congrès d’un petit parti de droite, La Destra, où il accuse son ancien allié Gianfranco Fini, qui l’a lâché il y a plus d’un an, d’être le responsable de la crise gouvernementale, en disant : « Je revendique avec orgueil ce que nous avons réussi à faire au cours de ces trois années et demie, malgré une crise internationale sans précédents dans l’histoire » et annonce même son intention de revenir au gouvernement. Dans la soirée, alors que les rues de Rome s’étaient remplies de quelques centaines de pro-berlusconiens qui, comme ses adversaires la veille, portaient des drapeaux tricolores, en scandant « Silvio » et en criant « Elezioni », et tandis que Monti se rendait au Quirinal, appuyé, en principe, par tous sauf la Ligue, Silvio Berlusconi a enregistré un message vidéo visible sur le web et repris par les divers journaux télévisés. Il s’adresse aux Italiens comme s’il était encore à la tête du gouvernement. Souligne qu’il a toujours la majorité et qu’il s’est retiré uniquement pour éviter de nouvelles spéculations financières contre l’Italie. Et si les votes et ensuite les consultations au Quirinal ont pu se passer si vite, c’est grâce à lui, l’homme de la providence, le sauveur du pays…

LUKSIC,VANJA
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