Laszlo Csatary, un nazi qui divise. Klarsfeld relativise son rôle

Laszlo Csatary aurait été un artisan du massacre et des déportations du ghetto de Kosice. Serge Klarsfeld n’avait jamais entendu parler de lui. © D. R.

Pourquoi Laszlo Csatary est-il « le criminel nazi le plus recherché au monde » ? La réponse à cette question relativise la « prise » réalisée à Budapest par des journalistes du Sun.

L’homme que les reporters britanniques ont débusqué dans la capitale hongroise s’appelle donc Laszlo Csatary. Il a 97 ans. Il a été identifié après une cavale interminable qui l’a mis à l’abri d’une condamnation à mort par contumace prononcée en 1948 en Tchécoslovaquie. Cette fuite l’a mené au Canada où il est devenu marchand d’art. Après y avoir été démasqué en 1995, il s’est réfugié à Budapest où les journalistes du Sun viennent de le localiser. Pour l’approcher et le filmer brièvement, ils ont actionné la sonnette d’un appartement deux-pièces portant les noms « Csatary/Smith », conformément aux renseignements livrés au Centre Simon Wiesenthal par un informateur (en échange de 25.000 dollars). Cette coopération entre l’ONG et le Sun a permis l’identification et la localisation de Laszlo Csatary.

15.700 juifs assassinés

Pour le Centre Simon Wiesenthal en Israël, il ne fait aucun doute que Csatary est bien le chef de la police qui a écumé le ghetto de Kosice, aujourd’hui situé en Slovaquie. En 1944, il se serait rendu complice de la mort de 15.700 juifs, assassinés ou déportés à Auschwitz. Efraïm Zuroff, le directeur du Centre, ajoute qu’il traitait les juifs du ghetto avec cruauté, fouettant les femmes et les forçant à creuser des tranchées à mains nues.

Mais le « chasseur de nazis » français Serge Klarsfeld se montre autrement circonspect quant à l’importance du rôle joué par Laszlo Csatary dans le génocide juif : « A mon avis, il n’avait pas de grandes responsabilités, ce devait être un comparse. Si Laszlo Csatary est considéré aujourd’hui comme le criminel ’le plus recherché’ », c’est parce qu’« il n’en reste aujourd’hui que peu en fuite » et qu’ils sont « tous âgés de plus de 90 ans ». Klarsfeld estime qu’« il y a 30 ans, il aurait été 3.500e sur la liste » alors que le très sensationnaliste Sun dit avoir « cloué » le « nazi no 1 ».

Les propos de Serge Klarsfeld rappellent que, le temps passant, la chasse aux nazis touche tout doucement à sa fin. Pour les seconds couteaux toujours en vie, il ne peut cependant être question d’amnistie : « Le temps qui passe ne diminue en rien la culpabilité (de Laszlo Csatary) et la vieillesse ne doit pas constituer une protection pour les auteurs de l’Holocauste », assène Efraïm Zuroff.

Pour l’instant, Laszlo Csatary n’est pas arrêté. La justice hongroise mentionne qu’une enquête est en cours. Serge Klarsfeld doute toutefois qu’il y ait des suites judiciaires avec ce « gouvernement conservateur ». Car à Budapest, le gouvernement de Viktor Orban est soucieux de rendre à la Hongrie son lustre d’antan. La Hongrie qui a collaboré avec l’Allemagne nazie. On ne remue pas impunément un tel passé.

la traque continue : Tueurs nonagénaires

Les derniers nazis en vie ont souvent plus de 90 ans.

Suspecté d’être responsable de la mort de 36 personnes à Novi Sad (Serbie), le Hongrois Sandor Kepiro avait finalement été acquitté par « manque de preuves ». Il est décédé en 2011 à 97 ans. Comme Laszlo Csatary, il était en tête de la liste des criminels de guerre du Centre Wiesenthal.

Toutefois, le principal criminel nazi impuni reste Aloïs Brunner, réfugié en Syrie après la guerre, dont la probabilité de la mort s’accroît chaque année, selon le Centre. Il est suivi d’Aribert Heim, dont la mort au Caire en 1992, annoncée en 2009 par des médias, n’est pas confirmée.

MARTIN,PASCAL
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