Jour 1 – Alerte malaria au Congo: derniers préparatifs avant le départ

Depuis plusieurs mois, des équipes de Médecins Sans Frontières sillonnent les contrées les plus reculées du Congo afin de répondre à des pics de cas de malaria. Des maladies comme le choléra ou la malaria font des ravages dans la population congolaise. C’est que le système de santé dans le pays est dans un état déplorable: hôpitaux vides, pénurie de médicaments et de personnel qualifié, absence de matériel médical… Le volet logistique d’une intervention est également un véritable casse-tête. Comment atteindre des patients au fin fond de la jungle, dans des régions quasi inaccessibles ?

Notre collègue Gijs Van Gassen accompagne durant deux semaines nos équipes sur le terrain pour  mettre en lumière cette flambée de malaria. Son périple le mènera dans les provinces de l’Equateur et du Maniema. Via ce blog, il va apporter un témoignage exceptionnel sur la lutte au quotidien et invisible des Congolais.

C’était il y a une dizaine de jours, un vendredi matin. On me prévient qu’il y a une nouvelle flambée de malaria au Congo et que nous mettons en place plusieurs projets. “Il y a des chances que tu rejoignes nos équipes là-bas”, me dit-on. Le mardi suivant, tout s’est précipité: “Gijs, j’espère que ton passeport est en règle: tu pars exactement dans une semaine.”

Une semaine plus tard, c’est déjà demain! Et me voilà assis à mon bureau pour rédiger mon premier post. A ma gauche, un fatras de documents officiels indispensables (visa, billet d’avion, “passeport” spécial de Médecins Sans Frontières, assurance, lettre de MSF qui me mandate officiellement pour travailler au Congo, carte de vaccination, pas moins de 8 photos d’identité, certificat de bonne vie et moeurs – le tout photocopié en bon nombre d’exemplaires). A ma droite, une pile pas moins impressionante: mes documents de briefing. La plupart m’accompagneront dans la cabine de l’avion: je n’ai pas encore eu le temps de tout lire et j’ai encore beaucoup à apprendre…

Là où la malaria frappe

En fait, que sais-je jusqu’ici? Qu’il y a des pics importants de nombre de cas de malaria – jusqu’à trois fois plus que d’habitude. Ce qui est étrange quand on sait que la malaria est une maladie assez courante au Congo. La section opérationnelle de Bruxelles a mis en place trois projets d’urgence, dans différentes provinces: Maniema, Equateur et la province Orientale (je visiterai les deux premiers). D’autres sections de MSF font de même dans d’autres provinces : au Katanga et dans les Kivu. J’espère croiser le chemin de Jorgen, notre expert en malaria, également parti vers les projets en Equateur, notamment pour déterminer d’où proviennent ces flambées soudaines.

Je sais également que je ne vais pas passer deux semaines à écrire des rapports dans un bureau avec air conditionné à Kinshasa. Je passerai un jour dans la capitale avant de me rendre à Mbandaka, une ville au nord de Kinshasa sur le fleuve Congo. De là, je m’enfoncerai directement dans la jungle. C’est là qu’il y a les pics de malaria. C’est donc là que travaille Médecins Sans Frontières. C’est donc là aussi que je dois aller.

Confort spartiate

Je me prépare à un confort plutôt spartiate: chaleur et humidité tropicales et pas de 4X4 pour se déplacer. Tout simplement parce qu’aucun véhicule ne peut se rendre là où nous travaillons. Mon sac à dos est plein de Lariam (*), de sprays anti-moustiques, de t-shirts à manches longues et de pantalons longs (inutile de préciser à quel point la perspective de porter ces vêtements peu appropriés me réjouit, vu la chaleur qui m’attend). Mais après tout, je pars quand même dans des régions où sévit la malaria.

Côté communication, ce sera via satellite. Le réseau 3G ne couvre pas ces contrées reculées, pas plus que le 4G. A la place d’un iPhone tendance, je vais donc devoir me coltiner un bon vieux laptop bien lourd. Visiblement, aucun smartphone n’est assez “smart” pour se connecter à un téléphone satellite. Comme, je vais quand même me retrouver à pied en pleine jungle, j’aurais volontier emporté un modèle de laptop plutôt compact et léger. Mais notre département informatique ne l’a pas vu sous cet oeil:

Mon collègue de l’IT: “Un petit ou un grand laptop?”
Moi: “Un petit! Le plus petit et léger possible! Je dois quand même marcher à pied dans la jungle…”
IT: “Oui, mais les petits ont tendance à surchauffer assez vite. Alors, ils plantent. Je vais plutôt te donner un gros.”
Moi: “Mais je vais au Congo! Je vais transpirer comme un fou si je dois trimbaler un truc pareil. Il fait 40 degrés là-bas!”
IT: “40 degrés? Alors un petit ne fera définitivement pas l’affaire. Je te donne un grand…”

J’embarque donc demain. J’espère que j’aurai l’occasion de vous donner des nouvelles tous les jours sur ce que je vois, ce que j’entends et ce que je ressens. On verra si le climat, la technologie et ma propre condition physique me le permettront…

Gijs

* Traitement préventif contre la malaria.

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3 réponses à Jour 1 – Alerte malaria au Congo: derniers préparatifs avant le départ

  1. Philippe dit :

    les moustiques sont très actifs à la tombée du jour donc sortir couvert pour l’apéro du soir
    Mbandaka c’est le paradis des moustiques…
    bonne route

  2. Lionel B. dit :

    Fais attention avec le Lariam. Beaucoup de gens ne le supporte pas, il fait pleins d’effets secondaires…qui ont des symptomes identiques à la malaria!!!

  3. joelle eeckels dit :

    Lariam, Lariam… combien de temps restes-tu? Je sais que chacun a son opinon sur ce sujet (les equipes hollandaises avaient a l’epoque des ATB s/ la table du petit-dejeuner et personnellement, je prefere prendre de la Malarone si je deviens malade et agir plus sur la prevention, toujours est-il que je n’ai pas ete malade a M’bandaka les 3 mois que j’y suis restee -mais je l’ai eue a mon retour du Tchad 1ere mission, et j’avais juste ‘zappe’ la derniere semaine car mon estomac ne le supportait plus) ca va sans doute etre encore de grosses discussions et peut-etre dois-tu suivre les recommandations du comed sans te poser de questions? A toi de voir et bonne continuation veinard…

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