Naître dans le bidonville de Kibera: “Karibu au Kenya”

“Karibu in Kenya”. Bienvenue au Kenya. C’est ce que me souhaite le chauffeur du taxi qui m’emmène à l’aube à la guesthouse de Médecins Sans Frontières à Nairobi. J’y suis accuilli les bras ouverts par Nancy, qui tient la maison. J’ai à peine monté mes affaires dans la chambre qu’un petit déjeuner m’attend pour que je puisse reprendre des forces. “C’est la première fois que tu viens au Kenya?”, me demande-t-elle. Je lui explique que je viens pour accompagner une photographe belge, Lieve Blancquaert, qui va réaliser un reportage dans le bidonville de Kibera, où MSF gère plusieurs projets.

Une fois arrivé au bureau de MSF, je reçois davantage d’explications sur Kibera. Pas question pour moi de m’y rendre seul. Pour des raisons de sécurité, je dois être accompagné de collègues qui ont grandi eux-mêmes dans le bidonville et connaissent le contexte comme leur poche. C’est que la criminalité y est élevée et que les personnes qui ne sont pas de Kibera sont évidemment des cibles de choix. Et je peux difficilement prétendre que je proviens de là…

Avec deux collègues locaux, je parcours donc les sentiers animés du bidonville à la recherche de Lieve, arrivée plus tôt dans la matinée. Bon nombre d’odeurs me parviennent des cabanes en tôle ondulée devant lesquelles nous passons: charbon brûlé, poisson grillé…

Je sens que beaucoup d’yeux sont rivés sur nous. Parfois, on nous interpelle en Swahili. J’essaie de suivre mes deux guides, le regard fixé au sol. Ce qui peut être salutaire: si on n’y prend pas garde, on met vite un pied dans un de ces nombreux ruisseaux creusés par les ruissellements d’eau sale dans les sentiers en terre. De temps en temps, les relans d’égoût sont à la limite du supportable.

Nous arrivons à FrePals. Il s’agit d’une clinique privée locale ouverte par Freda, une femme d’âge moyen qui voulait, avec son mari, faire quelque chose pour les femmes enceintes de Kibera. Ces dernières ne reçoivent en effet aucune aide. C’est à FrePals que MSF envoie ses patientes qui doivent accoucher.

A mon arrivée, Lieve est au côté d’une femme alitée. Aux visages des deux femmes, je cromprends imédiatement que la patiente vit des heures difficiles. Je sors discrètement et attends Lieve dehors. Elle me regarde et soupire. Elle m’explique que cette femme vient de confier son troisième enfant en vue d’une adoption. Après quelques jours de réflexion, elle a changé d’avis et veut récupérer son enfant. Les liens entre mère et enfant semblent plus forts que les obstacles matériels. Lieve compte revenir plus tard dans la semaine quand la femme retrouvera son bébé.

Christof

Christof Godderis, attaché de presse au siège bruxellois de MSF, est en mission pendant une semaine au Kenya.

Cette entrée a été publiée dans Récit du terrain, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>